Irlande du Nord: Election anticipée dans l'ombre du Brexit

UNION EUROPEENNE Le Brexit divise les deux partis de la coalition irlandaise…

20 Minutes avec AFP

— 

Un homme dans les rues de Belfast ouest, en Irlande.

Un homme dans les rues de Belfast ouest, en Irlande. — Peter Morrison/AP/SIPA

Le Brexit s'invite dans une campagne électorale régionale en Irlande du Nord. Les Irlandais votent depuis ce matin pour renouveler leur assemblée régionale sur fond de tensions, alors que la perspective du Brexit et d’un retour possible aux frontières inquiète dans cette province britannique au passé agité.

Cette élection anticipée a été provoquée par l’éclatement en janvier de la coalition entre les deux principales formations politiques : le Parti démocratique unioniste DUP, favorable à l’union avec la Grande-Bretagne, et le Sinn Féin, partisan d’une réunification de l’Irlande.

>> A lire aussi : Brexit. Quelles conséquences pour les nations qui composent le Royaume-Uni?

Même s’ils poursuivent des objectifs diamétralement opposés, ces deux partis sont obligés de s’entendre au sein de la coalition imposée par les accords de paix de 1998. Ceux-ci avaient mis fin à un conflit de trente ans entre catholiques nationalistes et protestants unionistes qui a causé plus de 3.000 morts.

Mais aujourd’hui, rien ne va plus entre le DUP et le Sinn Féin. Début janvier, le vice-Premier ministre Martin McGuinness, figure historique du Sinn Féin, a démissionné, entraînant automatiquement le départ de la Première ministre Arlene Foster, dirigeante du DUP.

Le Sinn Féin lui reproche sa gestion catastrophique voire frauduleuse d’un programme de subventions destiné aux énergies renouvelables, qui aurait coûté des centaines de millions de livres aux contribuables. Ce conflit sur les subventions cache un malaise plus profond sur le Brexit.

Des frontières qui réveillent le fantôme de la guerre

Le DUP a milité pour une sortie de l’Union européenne quand le Sinn Féin y est hostile. La province a finalement voté à 56 % pour rester dans l’UE, quand le Royaume-Uni dans son ensemble a choisi le Brexit à 52 %.

Le possible retour d’une frontière visible avec la République d’Irlande est un sujet très sensible dans une région encore hantée par les fantômes du passé et serait vécu comme un affront par les nationalistes. Rétablir des contrôles douaniers pourrait donc non seulement pénaliser les échanges commerciaux mais aussi nuire à la fragile stabilité née de l’Accord de Paix de 1998.

« Des droits comme celui de résider ou d’avoir la double nationalité britannique et irlandaise sont menacés par la perte de notre statut de pays de l’Union européenne », déplore également Michelle O’Neill, qui a pris la tête du parti nationaliste. « Nous dépendons aussi énormément de la politique agricole commune et des fonds qui vont avec. Et je ne pense pas que le gouvernement conservateur britannique va réellement compenser ces aides », ajoute-t-elle.

Mais pour certains Irlandais, le Brexit a bon dos. « Je trouve que c’est très insultant de conclure à un retour des violences parce que nous quittons l’Union européenne », s’émeut Neal Wilson, 34 ans, qui a voté pour le Brexit.

Les bureaux de vote sont ouverts jusqu’à 22h et les résultats ne sont pas attendus avant samedi au plus tôt.