Alger en juillet 2016.
Alger en juillet 2016. - ALLILI MOURAD/SIPA

L’inquiétude renaît en Algérie. Une attaque suicide a été déjouée dimanche soir devant un commissariat de Constantine dans l’est de l’ Algérie, revendiquée par l’organisation Etat islamique ce lundi. « C’est une piqûre de rappel des terroristes islamistes qui veulent démontrer par cette tentative d’attentat visant la troisième ville du pays, qu’ils n’ont pas disparu. Et qu’ils peuvent toujours bouleverser la donne politique », explique à 20 Minutes, Saad Khiari, chercheur associé à l’IRIS, spécialiste de l’Algérie.

Car la menace terroriste ne s’est pas évanouie, comme le confirme le directeur de l’Observatoire des pays arabes, Antoine Basbous. « Depuis 2008, il n’y a pas eu d’attentat majeur dans la capitale, qui a été en quelque sorte sanctuarisée. Mais plusieurs tentatives d’attentats suicides ont eu lieu dans le reste du pays, de même que des attaques contre des sites stratégiques », souligne-t-il auprès de 20 Minutes.

« Aqmi et Daesh se sont livrés une compétition dans le pays »

Des groupes armés islamistes restent actifs dans l’est et le sud du pays et visent principalement les forces de sécurité. La Kabylie, région montagneuse et boisée à une centaine de kilomètres à l’est d’Alger, demeure ainsi le théâtre d’opérations d’Al-Qaida au Maghreb islamique (Aqmi) qui vise régulièrement les forces de sécurité. Exemple : en avril 2014, onze militaires algériens ont été tués en Kabylie.

Quant aux attaques de sites stratégiques, celle d’un site gazier d’In Amenas, dans le Sahara algérien en janvier 2013, a été la plus marquante. Des membres d’Aqmi avaient pris d’assaut le site BP-Sonatrach à Tigentourine, avant d’exécuter une quarantaine d’otages de dix nationalités différentes. « Cet attentat a eu de fortes répercussions sur les exportations de gaz et sur la présence d’expatriés sur le sol algérien », souligne Antoine Basbous.

« Et ces dernières années, Aqmi et Daesh se sont livrés une compétition dans le pays. Quand un des groupes terroristes a commis un attentat, l’autre a pris la relève juste après », constate Antoine Basbous. On se souvient notamment de la prise d’otage et de la décapitation du randonneur niçois, Hervé Gourdel, le 21 septembre 2014 au cœur de la montagne du Djurdjura (Kabylie). Une exécution attribuée à Jund al-Khilafa (les soldats du califat), un groupe ayant fait allégeance à l’organisation djihadiste Etat islamique (EI), qui voulait faire entendre parler de lui par cet acte abominable.

En 2016, 125 terroristes exécutés

Face à cette menace, l’Etat algérien ne reste pas inactif. « Depuis la décennie noire (années 1990), une grande partie des dépenses de l’Etat sont consacrées à la lutte contre le terrorisme. L’armée déjoue régulièrement des attentats. Et avec la tentative d’attentat de Constantine, elle va encore davantage patrouiller dans les villes », déclare Saad Khiari. Des opérations de « ratissage » sont régulièrement menées dans les régions où opèrent les terroristes, comme par exemple, dans la région de Bouira où l’armée a annoncé avoir tué 14 terroristes en février. « Car les militaires ont l’instruction d’agir immédiatement en cas de kamikaze présumé ou de menace potentielle », souligne Antoine Basbous.

Du coup, depuis le début de l’année, au moins 22 islamistes ont été tués dans ces régions, selon le décompte de l’AFP établi à partir des bilans officiels. En 2016, les services de sécurité avaient déclaré avoir tué 125 terroristes et arrêté 225 autres. Et près de 55.000 personnes ont été poursuivies en justice en Algérie pour des affaires de terrorisme depuis le début des années 1990, a indiqué le ministère de la Justice algérien en décembre dernier.

Les frontières très surveillées

Les autorités algériennes mettent aussi le paquet sur la surveillance des frontières. « Le pays travaille notamment avec la Tunisie pour faire barrage aux islamistes de retour de Syrie, via la Libye », observe Saad Khiari. Dans la lutte contre le terrorisme, l’Algérie mise aussi amplement sur le renseignement. « Pendant la décennie noire, elle a acquis une certaine expérience dans le renseignement, qu’elle met à profit aujourd’hui », note Saad Khiari. Avec des indicateurs très présents sur le terrain : « Dans chaque mosquée, il y a des policiers en civil. Et dès qu’ils constatent une forme d’endoctrinement, l’Etat agit », poursuit l’expert.

Des efforts qu’il faudra poursuivre sur la durée, tant que la menace terroriste n’a pas disparu. « Mais si les cours du brut continuent à chuter, l’Etat ne pourra plus assumer la même présence militaire », s’inquiète Saad Khiari, « Avec un président malade et un régime à bout de souffle, on peut craindre pour l’efficacité à terme de la lutte contre le terrorisme », renchérit Antoine Basbous.

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