La Roumanie est traversée par une crise sans précédent.
La Roumanie est traversée par une crise sans précédent. - V. GHIRDA/AP/SIPA

Les Roumains auront-ils la peau de leur gouvernement ? C’est en tout cas ce que laisse présager la déclaration, ce mardi, du président de centre droit roumain, Klaus Iohannis.

Lors d’un discours solennel devant les députés, il a souhaité une démission du gouvernement social-démocrate (PSD) « pour résoudre la crise » qui traverse laRoumanie depuis une semaine maintenant. 20 Minutes revient sur l’origine de ce que beaucoup considèrent comme la contestation populaire la plus importante que le pays ait connue depuis la chute du régime communiste.

  1. Un décret controversé

Le gouvernement de Sorin Grindeanu a adopté un décret visant à assouplir la législation anti-corruption. Ce décret, publié le 1er février, réduisait sensiblement les peines encourues pour abus de pouvoir et introduisait un seuil minimum de préjudice de 200.000 lei (44.000 euros) pour entamer des poursuites dans la plupart des affaires de corruption. Il faisait craindre à ses détracteurs que le chef du PSD s’en serve pour régler ses ennuis judiciaires. Liviu Dragnea est effectivement, depuis le 31 janvier, jugé pour emplois fictifs. Le préjudice est évalué à… 24 000 euros, montant qui, si son décret avait été maintenu, lui aurait permis d’échapper à des poursuites judiciaires.

Au-delà, ce décret faisait aussi craindre une régression de la lutte contre la corruption en Roumanie. Malgré les efforts de la direction nationale anti-corruption (un parquet dédié à l’assainissement de la classe politique, créé en 2002 sous la pression de Bruxelles qui exigeait de Bucarest des efforts en la matière afin de pouvoir intégrer l’Union européenne), la Roumanie reste, selon le rapport de l’ONG Transparency International publié fin janvier, l’un des plus mal classés au sein des 28 s’agissant du sentiment de corruption des citoyens dans leur quotidien.

  • Des manifestations monstres

Des appels à la mobilisation contre cette tentative d’assouplissement de la législation anti-corruption ont été lancés dès le lendemain, via les réseaux sociaux notamment. Et ils ont été largement entendus, à Bucarest et dans d’autres grandes villes du pays. Dimanche, un demi-million de personnes sont descendues dans la rue pour réclamer la démission du gouvernement. « Nous ne voulons pas passer nos nuits ici, mais nous ne pouvons plus faire confiance au gouvernement, a confié à l’AFP Marius, un manifestant de 35 ans. Le PSD a remporté les élections et c’est à lui de gouverner, mais avec une autre équipe. »

Face à la plus importante contestation populaire depuis la chute du régime communiste en 1989, le Premier ministre Sorin Grindeanu a finalement reculé et annulé, dimanche, le décret. Ce qu’a salué le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker : « Je voudrais que la Roumanie se ressaisisse, je crois qu’elle est en train de se ressaisir. »

  • La pression maintenue sur le gouvernement

Malgré l’abrogation du décret, quelque 10.000 protestataires se sont réunis, lundi, à Bucarest, devant le siège du gouvernement, toujours pour réclamer sa démission. Si le Premier ministre a assuré qu’il avait « compris le message des manifestants », il a cependant exclu de démissionner, assurant « avoir une responsabilité envers les Roumains », qui ont voté massivement pour les sociaux-démocrates aux législatives du 11 décembre. Le gouvernement n’a « aucune raison de démissionner », a également martelé le chef du PSD, Liviu Dragnea. Sorin Grindeanu a toutefois laissé entendre, lundi, qu’il demanderait la démission du ministre de la Justice, Florin Iordache, pour avoir « mal communiqué » sur cette question.

  • Un nouvel exécutif ?

« L’abrogation du décret et un éventuel limogeage du ministre de la Justice ne sont pas suffisants », a jugé pour sa part, mardi, le chef de l’Etat. La solution à la crise se situe « à l’intérieur » de la majorité de gauche, a-t-il souligné avant de suggérer une démission du gouvernement et la nomination d’un nouvel exécutif par le PSD. Alors que cette formation a remporté une nette victoire lors de législatives en décembre, « convoquer des élections anticipées serait excessif à ce stade », a reconnu Klaus Iohannis.

« Vous avez gagné, maintenant, gouvernez et légiférez, mais pas n’importe comment. La Roumanie a besoin d’un gouvernement fort, d’un gouvernement qui travaille de manière transparente et prédictible », a-t-il lancé. Mais « si le PSD, qui a créé cette crise, ne la résout pas d’urgence, je vais convoquer les partis politiques pour des consultations, en vertu de mes prérogatives », a prévenu le président.

Les élus de la majorité de gauche ont quitté la salle durant son discours en vociférant. De nouvelles manifestations sont annoncées tout au long de la semaine sur les réseaux sociaux.

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