ENVIRONNEMENT - L’ONU et l’UE tentent d’arracher un accord in extremis aux Etats-Unis pour prolonger le protocole de Kyoto...
«Vendredi à midi, il sera trop tard.» Cette phrase d’Yvo de Boer, patron de la Convention climat de l’ONU, résume à elle seule l’enjeu de la conférence qui se tient à Bali (Indonésie) depuis le
3 décembre dernier. Faut-il sonner le glas d’un accord mondial sur le climat?
Bras de fer avec les Etats-Unis
L’heure est en tout cas au pessimisme à 24 heures de la fin des négociations. En cause, selon les ONG présentes sur place, la «dynamique destructrice» des Etats-Unis. Avec le Canada, le Japon et l’Australie, ils refusent notamment de s’engager à baisser de 25 à 40% d’ici à 2020 leurs émissions de gaz à effet de serre.
Le nouveau prix Nobel de la paix Al Gore a même appelé jeudi la communauté internationale à avancer vers un accord sur le climat sans les Etats-Unis.
Réplique immédiate de la Maison Blanche: Al Gore avait tort de faire des Etats-Unis l'obstacle à un succès de la conférence de Bali. la présidence américaine a ajouté que les déclarations européennes sur une possible absence à une réunion sur le climat à Hawaï n'étaient pas «constructives».
«Je ne suis pas un officiel et je ne suis pas lié par les convenances diplomatiques», avait lancé Al Gore. «Je vais donc vous dire une vérité qui dérange: mon propre pays, les Etats-Unis, est le principal responsable de l'obstruction à tout progrès ici à Bali», a-t-il ajouté sous les applaudissements.
«Faire tout ce qu'il y a à faire»
«Vous pouvez vous sentir en colère et frustrés et vous retourner contre les Etats-Unis. Ou bien vous pouvez faire un second choix, décider de progresser et de faire tout ce qu'il y a à faire», a déclaré l'ex-vice-président américain, qui ne fait pas partie de la délégation officielle américaine.
L’objectif principal de la conférence de Bali est en effet de tracer une feuille de route de négociations afin de prolonger au-delà de 2012 le protocole de Kyoto. Un véritable bras de fer s’est engagé pour y parvenir, l’Union européenne menaçant même de ne pas se rendre à la prochaine conférence sur le climat organisée par les Etats-Unis à Hawaï. «Ça n’aurait aucun sens», fait remarquer le secrétaire d’Etat portugais à l’environnement, Humberto Rosa. Pour les Européens comme pour les Nations unies, Bali semble l’ultime chance de se mettre d’accord.
Mot par mot, virgule par virgule
«Je ne crois pas que nous pouvons nous offrir le luxe d’une (conférence) bis», fait valoir Yvo de Boer, qui se dit «très inquiet». Le doute règne sur la possibilité d’achever à temps la déclaration finale, laborieusement négociée mot par mot, virgule par virgule.
Les négociations se poursuivaient vendredi soir sur le projet d'accord final qui doit théoriquement être adopté vendredi par la conférence de l'ONU sur le changement climatique, sans perspective cependant d'aboutir dans la nuit, selon plusieurs délégués.
Le paragraphe le plus litigieux, inscrit dans le préambule du texte et qui fait référence à une diminution des émissions de gaz à effet de serre des pays industrialisés de 25 à 40 % d'ici 2020 par rapport à 1990 est obstinément rejeté par les Etats-Unis, mais aussi le Canada, le Japon et la Russie.
Ce point notamment devrait être renvoyé à l'examen des ministres vendredi, a confié un négociateur européen.
C. F. avec AFP