POLITIQUE - Le dirigeant d'extrême droite n'est pas reconduit au poste de ministre, brisant le traditionnel consensus helvétique. Celle qui a été élue à sa place a accepté le poste…
C'est fait. Le ministre suisse Christoph Blocher, figure de proue de l’extrême droite, a été éjecté du gouvernement par le Parlement malgré sa victoire aux élections législatives d'octobre dernier. Eveline Widmer-Schlumpf, elle aussi de l'UDC, a été élue à sa place même si elle n'était pas candidate. Jeudi matin, après une journée de réflexion, elle a accepté le poste et ainsi provoqué l'ire de son parti qui s'est déclaré «d'opposition», une notion jamais vue dans la politique suisse moderne basée sur le consensus.
Notre décryptage pour comprendre:
Qu’est-ce que le Conseil fédéral?
Le Conseil fédéral suisse, c'est-à-dire le gouvernement, se forme depuis 1959 selon une règle non-écrite, appelée «formule magique». La formule arithmétique 2-2-2-1 détermine la répartition des sièges de ministres entre le Parti radical-démocratique (PRD, libéral), le Parti démocrate-chrétien (PDC, centre), le Parti socialiste (PSS, gauche) et l'Union démocratique du centre (UDC, droite populiste).
Il y a 4 ans, la règle a été modifiée au vue des résultats électoraux : tous les partis, y compris l'UDC, récupèrent deux fauteuils à l'exception du PDC qui n'en a qu'un.
Pourquoi Christoph Blocher n'est-il pas réélu?
Christoph Blocher, ministre sortant de la Justice, est un homme d'extrême droite au discours musclé qui sort du consensus suisse. Son parti a notamment fait scandale durant la campagne des législatives avec une affiche pour l'expulsion des délinquants étrangers qui montrait un mouton noir expulsé du territoire national par un mouton blanc (
parodiée aujourd'hui). Il a également été au centre d'une affaire de complot politico-médiatique qui a ébranlé les institutions helvétiques. De quoi lui aliéner les voix de la droite modérée qui l'avait soutenu dans un premier temps.
Si l'UDC s'est placé en première place des législatives d'octobre avec 29% des voix, les autres partis se sont mis secrètement d'accord pour lui préférer des figures plus modérées au sein de l'UDC. La gauche et les centristes du Parti démocrate-chrétien (PDC) se sont donc mis d'accord en secret pour apporter leurs voix à Mme Widmer-Schlumpf.
Que va-t-il se passer?
L'UDC, parti Suisse qui a réuni le plus grand nombre d'électeurs aux législatives, a déclaré qu'elle «passait à l'opposition». Une notion inédite dans l'histoire politique contemporaine du pays. Dans le système helvétique de démocratie semi-directe, cela signifie que les populistes pourraient bloquer les décisions du gouvernement en déclenchant des référendums d'initiative populaire. Le parti menace également d'exclure ses ministres modérés élus du groupe parlementaire UDC.
P.Ackermann et A.Sulzer