TROIS QUESTIONS A - Souhayr Belhassen, présidente de la Fédération internationale des Droits de l'homme (FIDH) donne son sentiment sur la visite de Mouammar Kadhafi…
Souhayr Belhassen, présidente de la Fédération internationale des Droits de l'homme (FIDH) donne son sentiment sur la visite de Mouammar Kadhafi en France.
Selon la diplomatie française, Mouammar Kadhafi est à nouveau fréquentable après des années de mise à l'écart. Partagez-vous ce point de vue?
Aucune ONG n'a jamais été autorisée et n'est toujours pas autorisée à se rendre en Libye pour une enquête internationale. Mais la situation des Droits de l'homme reste catastrophique: les libertés politique, syndicale, d'expression, de réunion sont inexistantes tandis que la justice dite "révolutionnaire" est basée sur la torture, les disparitions et les procès sommaires. De nombreux opposants politiques jordaniens, somaliens, érythréens ou djiboutiens y sont arrêtés.
Mais il est difficile de savoir ce qui se passe exactement dans ce pays. En Iran par exemple, la situation des Droits de l'homme est catastrophique mais il existe au moins une société civile qui fait remonter les informations. En Libye, c'est le trou noir. C'est aujourd'hui avec l'Irak l'un des pires pays au monde pour le respect des droits fondamentaux.
Comment expliquez-vous que la France s'en rapproche autant?
Kadhafi dispose d'un outil de chantage important qui est le flux de migrants issus de l'Afrique subsaharienne. La Libye est en effet, aux portes de l'Europe, un important pays de transit. Les migrants s'entassent dans des camps de réfugiés auxquels les ONG n'ont évidemment pas accès. C'est justement ce qui importe à Nicolas Sarkozy pour son projet d'union méditerranéenne: la sécurité, les frontières et le commerce. Mais des questions de processus démocratiques, il n'en est nullement question.
Avez-vous fait part de votre sentiment auprès des autorités françaises à l'occasion de la venue de Mouammar Kadhafi?
Oui, nous avons envoyé un courrier au quai d'Orsay lui demandant d'en profiter pour demander l'accès de la Libye aux ONG. Mais nous n'avons pas eu de réponse. Lors de visite diplomatiques, les dirigeants se contentent d'annonces symboliques. C'est ce que nous espérons de la part de Kadhafi, au moins du symbolique. Avec lui, c'est là où nous en sommes.
Propos recueillis par Alexandre Sulzer