En qualifiant de « baiser de la mort » la visite de Mouammar Kadhafi, chef d'Etat libyen et dictateur patenté invité par Nicolas Sarkozy, la secrétaire d'Etat aux Droits de l'Homme a provoqué hier une cascade d'interrogations sur le fonctionnement de la diplomatie hexagonale. Il faut dire que dans l'interview publiée par Le Parisien, Rama Yade n'y allait pas avec le dos de la cuillère : « Le colonel Kadhafi doit comprendre que notre pays n'est pas un paillasson, sur lequel un dirigeant, terroriste ou non, peut venir s'essuyer les pieds du sang de ses forfaits. »
Une charge inédite au sein d'un gouvernement au garde-à-vous dès lors que le Président prend position. L'opposition socialiste s'en est évidemment saisie pour dénoncer une « fracture » au sein de l'exécutif, avant d'être rejointe par certaines figures de l'UMP, qui ont réclamé à mots à peine couverts le limogeage de la benjamine du gouvernement.
Le chef de la diplomatie, Bernard Kouchner, lui, s'est employé à défendre sa secrétaire d'Etat. Rama Yade « a raison de parler ainsi », elle est « dans son rôle », a répété l'ancien « French Doctor », bientôt relayé par Nicolas Sarkozy. Car, après avoir convoqué pendant un peu moins d'une demi-heure sa remuante secrétaire d'Etat, le Président lui a publiquement réaffirmé sa « confiance » et son « amitié », allant même jusqu'à laisser entendre qu'il partageait sa position.
Alors, gros couac ou vrai scénario ? Pour Noël Mamère, député Vert : « Il y a l'apparence d'une fausse note dans l'orchestre, mais le chef d'orchestre reste Nicolas Sarkozy. » Et, on n'était pas loin de faire la même analyse hier au Quai d'Orsay. C'est sans doute cela, le miracle de l'ouverture. Pouvoir faire jouer tous les rôles aux membres du gouvernement.
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L'interview d'un sémiologue, spécialiste de la rhétorique