Poutine adoube le moins dangereux des candidats à sa succession

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Publié le 10 décembre 2007.

DECRYPTAGE - En soutenant Dmitri Medvedev comme candidat de son parti à la présidentielle, le chef de l'Etat russe...

En mettant fin au suspense qui court depuis des mois sur la transition du pouvoir en Russie, Vladimir Poutine s’est ménagé une belle porte de sortie, lundi, tout en remettant à leur place les différents clans qui s’affrontent pour le pouvoir au sein du Kremlin.

L’homme qui, sauf surprise, lui succédera au poste de président de la Fédération de Russie, s’appelle Dmitri Medvedev. Premier vice-ministre et dauphin officiel de Vladimir Poutine depuis deux ans, il a été investi ce lundi de son soutien officiel à la candidature présidentielle pour les élections de mars prochain.

Le juste milieu

A de nombreux égards, Dmitri Medvedev représente le choix du juste milieu, sur le plan interne comme international. Très jeune – il n’a que 41 ans –, éloigné des sphères de l’ex-KGB, ce dirigeant du géant énergétique Gazprom possède une réputation de politicien «libéral», proche du milieu des affaires. Autant de raisons qui en font un candidat plus acceptable pour l’Occident.

Plus important, Dmitri Medvedev est un personnage falot, peu charismatique, qui a fait toute sa carrière dans l’ombre du président russe. Juriste de formation, il a accompagné ce dernier à tous les postes lorsqu’il était adjoint au maire de Saint-Pétersbourg, dans les années 90. «Medvedev fait figure d’un ourson en peluche», estime Boris Toumanov, journaliste et analyste pour l’hebdomadaire russe «New Times». «Il est sans aucun doute intelligent, mais il n’a aucune ambition, il ne représente aucun danger pour Poutine. Il n’osera jamais prendre le pouvoir pour lui.»

Pour une réélection de Poutine

Son caractère et son jeune âge dressent le portrait d’un homme peu susceptible de s’opposer à un éventuel retour aux affaires de son mentor, qui ne peut pas, en vertu de la Constitution russe, accomplir trois mandats de suite.

Au lendemain des législatives du 2 décembre, présentées par son parti Russie Unie comme un plébiscite en sa faveur, Vladimir Poutine a exprimé sa volonté de créer un décalage entre l’élection du président et du Parlement. Ce qui implique d’ici peu un scrutin anticipé, soit législatif, soit présidentiel – et donc une possible réélection de Vladimir Poutine avant 2012.

Selon la plupart des experts, ce n’aurait pas été aussi simple avec l’autre dauphin officiel Serguei Ivanov, lui aussi intime du chef du Kremlin, mais issu du KGB et représentant du clan des «siloviki», les anciens des services secrets soviétiques, en position de force dans le gouvernement et les administrations. D’où le choix de Medvedev.

«C’est une sorte de mise au pas des “siloviki”. Au cours des derniers mois, ses représentants se comportaient déjà comme en terrain conquis, tellement ils étaient certains de leur triomphe définitif. M. Poutine, en homme prudent, ne voulant pas dépendre entièrement de cette faction, a mis le holà », analyse Boris Toumanov. Les anciens du KGB n’ont cependant pas dit leur dernier mot, et l’avenir politique de la Russie est encore loin d’être clair.
De notre correspondant à Moscou, Emmanuel Dalbane
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