Droit à l'avortement, planning familial: Les droits des femmes, enjeu majeur du mandat de Donald Trump

ETATS-UNIS Plus de deux millions de personnes ont participé samedi 21 janvier aux « Marches des femmes » organisées dans le monde pour la défense des droits civiques et contre Donald Trump…

Helene Sergent

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Les manifestants de

Les manifestants de — MARIO TAMA / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

Deux mois après l’élection de Donald Trump aux Etats-Unis, le 45e Président américain a connu, samedi 21 janvier, sa première manifestation d’ampleur. La « Marche des femmes » organisée pour la défense des droits civiques a rassemblé un demi-million de manifestants à Los Angeles selon la police, la même chose à New York, plus d’un million à Washington selon les organisateurs, et des centaines de milliers à Chicago, Dallas, San Francisco, St Louis, Denver, Boston et dans des dizaines de villes.

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Une mobilisation qui témoigne des fractures persistantes au sein de la société américaine et d’une préoccupation croissante concernant les droits des femmes. Cette question peut-elle pour autant s’imposer dans le débat américain ces quatre prochaines années ?

Des comptes à rendre

« Ce sera certainement un des enjeux majeurs du mandat qui s’ouvre parce que le programme du parti républicain et les promesses faites par Trump pendant la campagne vont dans le sens d’un durcissement de la politique vis-à-vis des femmes », avance Marie-Cécile Naves, politologue, chercheuse associée à l’Iris (Institut de Relations Internationales et Stratégiques) et auteur de Trump, l’onde de choc populiste (Ed. Fyp).

En signant, vendredi 20 janvier, son tout premier décret ordonnant à son administration de libérer les acteurs du système de santé des obligations de la réforme dite « Obamacare », honnie des conservateurs pour son coût et sa lourdeur, Donald Trump a assené le premier coup de boutoir contre le projet qui permet, entre autres, aux femmes qui ont une assurance d’avoir accès à une contraception gratuite, parmi dix-huit méthodes : stérilet, pilules, stérilisation, implant ou injections contraceptives.

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« A sa remise en cause de l’accès à l’avortement, à la contraception, au financement du planning familial, il faut ajouter un entourage et un gouvernement ultra-conservateurs à qui Trump va devoir rendre des comptes », poursuit la chercheuse. Une analyse partagée par Wendy Brown, spécialiste de l’histoire du féminisme aux Etats-Unis, interviewée par le journal Le Monde le 20 janvier : « La grande inquiétude actuelle, c’est le droit à l’avortement. […] Je pense que M. Trump s’en fiche complètement, mais il voudra faire plaisir à sa base. »

Dans une interview accordée le 14 novembre à la chaîne CBS, le président américain avait également assuré qu’il comptait nommer un juge « pro-vie » à la Cour suprême.

Une convergence nécessaire 

Si le gouvernement et le Congrès pourraient s’emparer prochainement de ces thèmes, difficile d’anticiper la réaction de l’opinion publique. Malgré les accusations d’agression sexuelle, les propos misogynes contre une ex-Miss Univers, ou les déclarations sur une journaliste télé taxée d’avoir ses règles, « il n’y a pas eu de grande sororité », remarquait Diane Heith, professeure de science politique à la St. John’s University de New York au lendemain de l’élection : « La manière dont il a traité les femmes n’a pas éclipsé les points importants pour son électorat : le déclassement social, l’impression d’être méprisé par les élites. »

Particulièrement divisé et dépassé par ses contradictions, le mouvement féministe américain n’a pas su fédérer autour des droits des femmes. « Les critiques émises à l’encontre de la campagne féministe d’Hillary Clinton portaient sur l’absence de diversité et la non-prise en compte des minorités. Il n’y a pas un féminisme mais des féminismes, les inégalités vécues par les femmes afro-américaines, les hispaniques ou les femmes blanches aisées ne sont pas les mêmes. Or l’élection de Trump peut permettre de dépasser ces clivages comme on l’a vu lors de la Marche des femmes », signale Marie-Cécile Naves.

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Une évolution qui pourrait ancrer le mouvement dans une opposition durable selon Hélène Quanquin, maîtresse de conférences à l’Université Sorbonne Nouvelle-Paris et spécialiste des mouvements féministes aux Etats-Unis : « Historiquement, le féminisme américain s’est construit dans l’opposition, féminisme contre féminisme. Or cette fois, l’organisation de cette manifestation a été inclusive. En sociologie, il s’agit de la notion "d’intersectionnalité" et c’est ce qui donne de la force à une action politique. »