Des militants antifascistes ont manifesté contre l'investiture de Donald Trump, le 18 janvier 2017, à Washington.
Des militants antifascistes ont manifesté contre l'investiture de Donald Trump, le 18 janvier 2017, à Washington. - M.LE BLE/20 MINUTES

De notre correspondante à Washington,


Au volant de son taxi Uber, Joseph n’a jamais autant sillonné les rues de Washington que ces derniers jours. « La majorité des personnes que j’embarque sont des manifestants », sourit cet Afro-Américain d’une soixantaine d’années dont le vrai métier est électricien quand il lâche le volant. Comme la moitié de l’Amérique, Joseph cumule les boulots pour s’en sortir mais pour rien au monde n’aurait voté pour Donald Trump. « Il n’aurait pas dû faire une campagne pareille. Nous avons besoin d’un président qui rassemble, argumente, intarissable, le chauffeur en traversant les belles avenues de la ville. Une personne qui représente le peuple sans perdre son tempérament. Hillary Clinton, elle, vient du peuple. Elle a fait beaucoup pour nous. Nous devons montrer le beau visage de l’Amérique, pas le mauvais. »

« Ce n’est pas moi qui divise le pays »

Dans l’un de ses tweets postés ce matin, peu de temps avant son départ pour Washington, le président élu redit pourtant qu’il n’est pas à l’origine des troubles dans son pays. ‘« Ce n’est pas moi qui divise le pays, ce pays est divisé depuis très longtemps », écrit Donald Trump à 24 heures de son investiture, citant pour appuyer ses dires le révérend évangéliste, Franklin Graham, connu pour ses positions contre l’Islam notamment après les attentats du 11 septembre.

A l’image de cette Amérique coupée en deux, la capitale des Etats-Unis offre un double visage à la veille de l’investiture de son 45e président, celle d’une ville calme et cossue où quelques énormes voitures aux couleurs du parti républicain parcourent la ville habillées du désormais célèbre slogan « Make America great again », tous drapeaux dehors. Et celle de la capitale largement favorable au parti des bleus, celui d’Hillary Clinton, et plus encore de son président sortant, où des milliers de petites mains s’affairent depuis des semaines à contrer l’homme dans lequel elles ne se reconnaissent pas leur président, cette fois le jour-même de son installation.

Juteux business

Sur une piste d’entraînement, à l’abri des regards, les services secrets s’entraînent inlassablement à répéter tous les scénarios possibles en matière de sécurité pour la protection de leur nouveau président. La vigilance est à son comble. Pas moins de 350 000 manifestants sont attendus entre demain, jour de l’investiture et samedi avec la Marche des femmes pour laquelle une forte mobilisation est annoncée. Avions, bus et trains se remplissent tout comme les hôtels dont certains affichent 800 dollars la nuit. Un juteux business qui voit les prix s’envoler y compris dans les auberges de jeunesse où les résidents s’entassent dans des dortoirs au prix de 340 dollars par nuit.

Un vaste périmètre de sécurité prévoit d’éloigner les manifestants du parcours officiel mais les opposants eux-même en doutent. « Une grande partie de la cérémonie est ouverte au public, s’interroge Peter, consultant en immobilier, prêt pour le défilé. Comment nous empêcheront-ils d’accéder ? »

« Non, à l’Amérique fasciste de Trump »

En attendant, comme pour un ultime tour de chauffe, banderoles et déguisements ont fait leur retour. Au sud de la capitale, à deux pas du quartier chinois, plusieurs centaines de manifestants ont entamé, hier après-midi, une marche de deux heures vers le Capitole.

Les propos sont durs tout comme le mouvement qui fédère les antifascistes. « Nous sommes dans la rue chaque jour depuis samedi », s’essouffle en tête du cortège, Ilsyy, commerciale en publicité de vingt-neuf ans son porte-voix à la main. « Nous attendons plus de 3000 personnes rien que de notre mouvement ». Avant de hurler dans son petit micro : « Non, à l’Amérique fasciste de Trump. » Devant l’affluence annoncée, les rumeurs vont bon train. « On dit même que Donald Trump devra prêter serment à l’intérieur du Capitole par crainte des manifestants », indique Rosy, serveuse dans un restaurant qui jure de l’avoir entendu à la télé.

Rave-party devant la résidence de Mike Pence

Mais le spectacle viendra à la tombée de la nuit un peu à l’écart de la ville dans le quartier très résidentiel de Chevy Chase non loin de la nouvelle résidence du vice-président, Mike Pence où des centaines de jeunes du mouvement LGBT se sont retrouvés pour danser.

Une gentille rave-party sur fond de musique afro-latino et disco très encadrée par la police et les services secrets postés à tous les coins de rue. Le vice-président n’était pas chez lui mais à un dîner officiel, à l’autre bout de la ville. Mais Firas Nasr, l’organisateur à l’origine du mouvement Werk for Peace, semblait très heureux de son petit effet à la grande joie des habitants du quartier également de la fête et dont certains arborent des panneaux peu avenants à l’égard de leur nouveau voisin devant leur luxueuse maison. « Nous avons voulu faire passer un message à M. Pence pour la défense et le maintien de nos droits, clame devant la foule réunie le grand brun, le torse juste recouvert de bretelles entre deux pas de danse. On pense que le message est passé. »

Au milieu des drapeaux couleur arc-en-ciel, emblème du mouvement gay-lesbien aux Etats-Unis, Barbara, une retraitée tout sourire de soixante-douze ans arrivée la veille avec six amies de New-York pour participer à la Marche des femmes. « Je voulais être présente au milieu de tous ces jeunes ce soir, lance cette ancienne éditrice, un noeud rose dans les cheveux. Je ne regrette pas d’être venue. »

 

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