Trump visé par une rumeur de sextape, l'arme de prédilection des renseignements russes

CHANTAGE Les services de renseignements russes sont soupçonnés d'avoir tendu de nombreux «pièges à miel» aux opposants du Kremlin...

L.C.

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Donald Trump le 21 décembre 2016 à Mar-a-Lago, à Palm Beach, en Floride.

Donald Trump le 21 décembre 2016 à Mar-a-Lago, à Palm Beach, en Floride. — Andrew Harnik/AP/SIPA

Sexe, politique et espionnage russe. Tels sont les ingrédients de la dernière rumeur concernant Donald Trump, sur qui le Kremlin ferait pression grâce à une sextape compromettante. C’est ce qu’affirmait déjà une source des renseignements américains à une semaine du scrutin présidentiel. Buzzfeed a publié ce mercredi un document de 35 pages, présenté comme un rapport établi par un ancien des renseignements britanniques.

L’auteur évoque l’existence d’une vidéo impliquant Donald Trump et des prostituées dans un hôtel luxueux à Moscou. Des images qui auraient été filmées clandestinement par le FSB il y a trois ans. S’il est à ce stade difficile de savoir si une telle vidéo existe, ce que le Kremlin dément, les renseignements russes sont connus pour utiliser la sextape comme moyen de pression sur les opposants politiques.

L’art du kompromat

« Depuis les années 1990, les renseignements russes ont recours à une très large variété d’outils d’influence et de modalités de pression, de l’assassinat aux affaires judiciaires montées, en passant par le chantage à la sextape », observe Françoise Daucé, directrice d’études au CERCEC (Centre d’études des mondes russe, caucasien et centre-européen). Il y a un mot en russe pour ces casseroles manipulées : kompromat, pour « dossiers compromettants ». De fait, plusieurs personnes s’opposant aux intérêts de Moscou sont tombées dans un « piège à miel » (qui consiste à monter une affaire de mœurs pour espionner ou discréditer quelqu’un) au cours des deux dernières décennies.

A la fin des années 1990, le procureur général Iouri Skouratov lance une enquête pour corruption. Des personnes dans l’entourage de Boris Eltsine sont mouillées. Mais au printemps 1999, la télévision russe diffuse une vidéo montrant un homme qui lui ressemble, en plein ébats avec des prostituées. Son authenticité n’a jamais été prouvée, mais la sextape achève de couler l’enquête de Iouri Skouratov qui sera suspendu par le Kremlin.

Le procureur Iouri Skourativ et le président russe Boris Eltsine, le 23 octobre 1998 au Kremlin (Moscou).
Le procureur Iouri Skourativ et le président russe Boris Eltsine, le 23 octobre 1998 au Kremlin (Moscou). - ITAR-TASS / AFP

En 2010, Katia et Nastia, deux jeunes femmes avenantes, séduisent plusieurs opposants, dont l’écrivain Edouard Limonov. Leurs ébats, filmés dans un appartement truffé de caméras, sont diffusés sur Internet. Deux « victimes » de ce « piège à miel » ont ensuite soupçonné l’implication de mouvements pro-Poutine, aidés par les services spéciaux.

Les ressortissants étrangers ne sont pas à l’abri de telles pratiques. En 2009, un diplomate britannique en poste en Russie démissionne après la diffusion d’une vidéo le montrant en compagnie de deux prostituées.

 

Le « piège à miel », une pratique internationale

Interrogé par l’AFP, Mikhaïl Lioubimov, qui a longtemps dirigé les opérations du KGB contre le Royaume-Uni et les pays scandinaves, a déclaré au sujet du kompromat : « Tous les services secrets du monde le font, et nous ne sommes pas une exception. »

La pratique du « piège à miel », éprouvée par le KGB à l’époque de l’URSS (l’ambassadeur français en Russie Maurice Dejean en a fait les frais en 1964), n’est pas uniquement l’apanage des Russes. La Chine en aurait également fait usage. En 2015, le site The Intercept et NBC ont relayé des documents « fuités » par Edward Snowden selon lesquels les services secrets du Royaume-Uni utilisaient la technique du « piège à miel » pour espionner des groupes jugés « extrémistes », y compris sur le sol britannique.