Comment Moscou a recruté une armée de hackers

CYBER DÉFENSE La Russie compte bien se doter des meilleurs éléments pour être en pointe dans la cyberguerre…

Lucie Bras

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Le président Vladimir Poutine le 23 décembre 2016 lors de sa conférence annuelle.

Le président Vladimir Poutine le 23 décembre 2016 lors de sa conférence annuelle. — Pavel Golovkin/AP/SIPA

Recherche hacker pour mission d'état... En quelques années, la Russie a recruté des hackers pour venir grossir les rangs de ses forces de cyberdéfense. Qui sont ces équipes d'élite chargées de protéger la Russie ?

Le sujet est brûlant aux Etats-Unis. Barack Obama est convaincu que des hackers russes ont attaqué le camp démocrate pendant l'élection présidentielle, menant à la défaite d'Hillary Clinton.

La cyberdéfense est vite devenue une priorité pour le Kremlin. Cela fait environ trois ans que les offres d'emploi de hackers pullulent en Russie d'après cet article du New York Times. Les autorités ont commencé à chercher de nouveaux talents, du jeune étudiant au développeur confirmé.

La chasse aux talents

Des annonces sont peu à peu apparues sur les réseaux sociaux pour cibler les jeunes. Le ministère de la défense a même publié une offre sur le Facebook russe, Vkontakte, sous la forme d'une vidéo en images de synthèse (voir-ci-dessous).

De nombreux avantages attendent les postulants comme un logement tout confort ou une exemption du service militaire classique. Ces recrues sont supposées alterner entre des entreprises en contrat avec l'armée et les «escadrons scientifiques» dans les bases militaires du pays.

Une évidence pour Gérôme Billois, expert cyberdéfense chez Wavestone.«On manque cruellement de compétences dans ce domaine. Pour recruter, il faut donc utiliser tous les canaux, il faut aller chercher les talents là où ils sont.»

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De la prison à l'armée

La Russie recrute aussi ses futurs e-combattants... en prison. Nombreux sont les hackers qui ont eu des problèmes avec la loi, comprendre les membres de la cybermafia. Le gouvernement leur offre une une remise de peine en échange d'un enrôlement.

Les russes ont la bosse des maths et le pays est un vivier de talents numériques. «Les autorités cherchent à la fois des recrues capables de concevoir des armes numériques, ce qui nécessite des aptitudes poussées, et des opérationnels chargés d'utiliser ces armes», insiste Gérôme Billois.

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La cyberdéfense ne concerne pas que la Russie. Tous les pays s'en sont dotés depuis quelques années. Gérôme Billois observe d'ailleurs un changement dans la communication autour de ces forces de frappe numérique. «On constate une mise en avant de ces forces par les dirigeants. Ce n'est plus un secret défense mais une arme de dissuasion.»

Dans le domaine de la cyberdéfense, la Russie a de nombreuses fois montré sa force de frappe numérique. Des soldats invisibles mais des conséquences bien réelles : après les accusations d'ingérence de Moscou dans la présidentielle américaine, 35 diplomates ont été chassés du territoire américain par Barack Obama