Les critiques contre la « porosité » des frontières à l’intérieur de l’Union européenne se multiplient depuis que le terroriste au camion-bélier qui a fait douze morts à Berlin le 19 décembre a été retrouvé et abattu en Italie quatre jours plus tard.

>> A lire aussi : Attentat de Berlin: Le point sur l’enquête et ses zones d'ombre

Une nouvelle information rapportée par LCI et BFMTV ce mercredi devrait nourrir les interrogations : le Tunisien de 24 ans serait passé par les Pays-Bas, d’où il aurait pris un autocar à la gare routière de Sloterdijk, à Amsterdam, direction la gare ferroviaire de Lyon-Part-Dieu, où il a été filmé par les caméras de vidéosurveillance, avant de se rendre en Italie via Chambéry par le train.

Pourquoi ce détour par les Pays-Bas, plutôt qu’un passage par la frontière franco-allemande ou la Suisse, également membre de l’espace Schengen ? « Les contrôles à la frontière franco-belge ne sont pas effectués de manière systématique, ce qui pourrait expliquer qu’Anis Amri soit passé par là plutôt que par la frontière franco-allemande », avance Yves Pascouau, chercheur senior associé à l’Institut Jacques Delors et directeur à l’European Policy Centre. Un reportage de Libération en janvier 2016 décrivait d’ailleurs  des contrôles « peau de chagrin » le long d’une frontière « impossible à surveiller » intégralement. Reste toutefois à prouver qu’il est bien passé par la Belgique, alors que le trajet classique de l’autocar FlixBus entre Amsterdam et Lyon, selon Le Parisien, emprunte les routes néerlandaises… et allemandes.

« Le risque est de dire : c’est la faute de Schengen »

« Plusieurs Etats membres ont rétabli les contrôles aux frontières. La France pour des raisons terroristes, mais cinq autres Etats l’ont aussi fait à cause de l’importance des flux migratoires : l’Autriche, l’Allemagne, le Danemark, la Suède et la Norvège », ajoute le spécialiste des flux migratoires en Europe. Ce qui n’a quand même pas empêché l’auteur de l’attentat du 19 décembre de rejoindre Amsterdam depuis Berlin, sans que le moyen de transport sur cette partie de son parcours ne soit encore connu.

Ce qui est certain, c'est qu'Amri a réussi à se jouer des frontières. Par stratégie pour semer les polices européennes ? C'est fort probable. Mais faut-il pour autant remettre en cause toute la surveillance aux frontières ? Ancien conseiller auprès du ministère de la Justice belge et chercheur en sécurité intérieure à l’Université de Pau, Pierre Berthelet balaye les critiques : « Le risque est de dire : c’est la faute de Schengen. La réponse sous-jacente serait de mettre en place des mesures de sécurité bloquantes ayant un coût financier très lourd. Il faut toutefois se poser la question de la proportionnalité des mesures, savoir si les voyageurs acceptent ces contraintes de manière permanente. Car si vous bloquez, vous bloquez tout, c’est-à-dire les flux légaux aussi. C’est contraignant, par exemple pour les trains sans réservation très empruntés comme les TER transrégionaux entre Lille et Mouscron. »

« À moins de bloquer le trafic et de créer des embouteillages sur plusieurs heures… »

Le problème pour les autorités est que l’importance du trafic routier limite de toute manière les possibilités de contrôles à haute intensité : « Il faut voir à quelle heure Anis Amri a passé ces frontières en autocar. Si c’est en pleine nuit, on peut s’interroger sur la qualité du contrôle ; si c’est en pleine journée, c’est beaucoup plus compliqué, à moins de bloquer le trafic et de créer des embouteillages sur plusieurs heures, ce que l’on voulait précisément éviter avec Schengen », détaille Yves Pascouau.

Il y a toutefois une piste d’amélioration de la sécurité sur laquelle s’avance Pierre Berthelet : « Le parcours de cette personne montre la difficulté de contrôler dans des espaces ouverts comme les frontières. Notons qu’elle a transité entre différentes plates-formes de correspondance, différents "hubs" de transport, et elle a échappé aux contrôles. Plus qu’un renforcement des contrôles aux frontières, il s’agit de trouver un moyen de mieux surveiller ces centres névralgiques là, qui servent de transit. »