La première femme pilote afghane refuse de rentrer dans son pays

DISCRIMINATION La jeune femme a reçu des menaces et craint pour sa sécurité....

20 Minutes avec AFP

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Niloofar Rahmani, la première femme pilote afghane, est au cœur d'un vif débat dans son pays.

Niloofar Rahmani, la première femme pilote afghane, est au cœur d'un vif débat dans son pays. — CHINE NOUVELLE/SIPA

Elle est surnommée la « Top Gun afghane ». Niloofar Rahmani, 25 ans, est la première femme pilote d’Afghanistan. En formation depuis 15 mois dans l’armée de l’air américaine, la jeune femme refuse de rentrer dans son pays, comme prévu.

Un symbole pour les femmes

Niloofar Rahmani craint pour sa sécurité et compte faire une demande d’asile politique aux Etats-Unis. En Afghanistan, sa décision lui a valu une volée de critiques, certains l’accusant de « trahison », comme le porte-parole du ministère de la Défense, Mohammad Radmanesh. « Ce qu’elle a dit aux Etats-Unis était irresponsable et inattendu. Elle devait être un modèle pour les autres jeunes Afghans. (…) C’est une honte », a-t-il insisté.

Son parcours est devenu un symbole d’espoir pour des millions de femmes afghanes lorsqu’elle était devenue la première femme pilote d’Afghanistan, intégrant un univers exclusivement masculin dans un pays extrêmement conservateur. Elle a reçu à ce titre le prix international des « femmes de courage » du Département d’Etat américain.

Mais cette célébrité lui avait aussi valu de nombreuses menaces de mort de la part des insurgés. Quant à ses collègues masculins, nombre d’entre eux faisaient preuve de dédain à son égard, estimant que la place des femmes est au foyer.

Un pistolet pour se protéger

Les critiques viennent aussi des femmes, comme la photojournaliste Maryam Khamosh qui a consacré une tribune sur Facebook. « Parfois je souhaiterais être Niloofar et m’élancer dans le ciel pour bombarder les ennemis de mon peuple. Mais toi, Niloofar, qui as touché le ciel depuis les cendres de la terre, tu as fait honte à notre drapeau. »

La jeune femme explique fuir l’insécurité ressentie en tant que femme. Dans une interview datée d’un an, elle a indiqué avoir constamment un pistolet sur elle pour sa protection, et ne jamais porter son uniforme en dehors de la base militaire pour éviter d’attirer l’attention.

Prendre la décision de demander l’asile aux Etats-Unis a été « extrêmement difficile » pour elle, a expliqué son avocate Kimberly Motley. « La vraie trahison à l’égard de l’Afghanistan vient de ceux qui menacent sa vie et celle de sa famille, et aussi de ceux qui continuent d’opprimer les femmes. » Niloofar Rahmani n’est pas la seule à vouloir s’échapper d’Afghanistan. Dans le pays, la jeunesse afghane continue de fuir en nombre pour échapper à l’interminable conflit entre l’état et les insurgés.