Donald Trump et Hillary Clinton (photomontage).
Donald Trump et Hillary Clinton (photomontage). - Evan Vucci/AP/SIPA / Matt Rourke/AP/SIPA

Techniquement, Donald Trump n'est pas encore le président américain. Même s'il semble avoir remporté l'élection du 8 novembre, il doit encore recueillir une majorité des voix du collège électoral, ce lundi. Alors que la CIA accuse Poutine d'avoir orchestré des cyberattaques qui ont perturbé l'élection dans le but d'aider Trump, et que ce dernier n'a toujours pas dissipé les inquiétudes sur ses conflits d'intérêts, près de cinq millions d'Américains ont signé une pétition suppliant les 538 grands électeurs de lui barrer la route. C'est, en principe, possible. Mais dans la pratique, sans doute très improbable. On sera définitivement fixé le 6 janvier, quand le Congrès comptera les bulletins.

Le collège électoral n'a jamais inversé les résultats d'une élection

Sur le papier, les pères fondateurs ont mis en place ce système indirect pour servir de fusible entre le peuple et la démocratie. Dans la pratique, en plus de 200 ans, seulement 157 grands électeurs ont choisi un autre candidat que celui qui avait remporté leur Etat. On les appelle des «électeurs infidèles» (faithless electors). Certains Etats découragent cette pratique avec la menace d'une amende ou d'une annulation de leur vote mais plusieurs experts en droit constitutionnel menés par Larry Lessig ont entamé des démarches pour permettre à chacun de voter selon sa conscience.

Une fronde de 38 personnes serait du jamais vu

En 1836, la rébellion de 23 démocrates a failli coûter la vice-présidence à Johnson, mais ce dernier a finalement été élu par le Sénat. Depuis l'après-guerre, seulement membres du collège électoral ont changé leur vote. A ce stade, seul un grand électeur républicain du Texas, Christopher Suprun, a publiquement annoncé qu'il ne voterait pas pour Trump. Larry Lessig, affirme que selon ses sondages internes, «au moins 20 grands électeurs républicains, et jusqu'à 30» pourraient retourner leur veste. Dur d'accorder beaucoup de poids à cette estimation au doigt mouillé. Il faudrait que 38 personnes choisies par le parti républicain donnent leur voix à Hillary Clinton. «Ça n'arrivera jamais. On est coincés avec Trump», estime Philip Ardoin, professeur de sciences politiques à l'université d'Appalachian State.

Et les doutes sur le rôle de Moscou?

40 membres du collège électoral –presque tous démocrates– ont demandé à recevoir un briefing complet sur l'affaire. Mais le directeur national du renseignement a indiqué qu'il faudrait encore «plusieurs semaines» avant que le rapport soit finalisé. Chris Edelson, professeur de sciences politiques à American University et auteur du livre Le pouvoir sans limite, estime qu'un coup de force du collège électoral est «peu probable». Selon lui, le vrai match se jouera au Congrès, après l'investiture. Si l'enquête en cours concluait qu'il y a eu une interférence russe pour aider Donald Trump, les élus «pourraient considérer que le résultat de l'élection est illégitime», selon l'expert. «Si Trump ou son équipe étaient au courant ou qu'il y a eu collusion», alors une procédure d’impeachment pourrait être engagée. Mais il n'y a, pour l'instant, aucune preuve en ce sens.

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