Cyber war, illustration
Cyber war, illustration - Roslan Rahman AFP

Tension entre Moscou et Washington. La Maison Blanche a mis en cause jeudi Vladimir Poutine dans les cyberattaques  ayant perturbé la campagne de l’élection présidentielle américaine. Des accusations jugées « indécentes » par Moscou. Barack Obama a annoncé que les Etats-Unis useront de « représailles » ; « certaines seront explicites et publiques, et d’autres ne le seront peut-être pas ». 20 Minutes fait le point sur les ripostes que pourraient envisager les Américains.

Quelles « représailles » peut-on imaginer ?

« On peut imaginer deux types de répliques. Certaines, dans le monde physique, sont déjà connues car elles avaient été mises en œuvre après le piratage de Sony par des hackers de la Corée du Nord : ce sont les sanctions économiques ou les restrictions de déplacements pour certaines personnalités », répond Gérôme Billois, expert cybersécurité au sein du cabinet Wavestone. « En matière de cyberattaques, on peut imaginer toutes sortes de choses : des coupures d’accès à Internet, une déstabilisation dans les transports, les aéroports, les gares, la révélation de documents confidentiels pour déstabiliser le régime ou certaines personnes... »

« Aujourd’hui, tout est informatisé. Donc les réponses peuvent être multiples », poursuit Fabrice Epelboin, enseignant à Sciences Po. « Les cyberattaques pourraient cibler des banques pour tenter de provoquer un krach, l’éclairage public, les centres de distribution d’énergie, comme les centrales nucléaires. Ce fut par exemple le cas de Stuxnet, le virus informatique conçu par les Américains et les Israéliens pour saborder le programme nucléaire iranien », développe le cofondateur de Yogosha, plateforme de cybersécurité.

Peut-on parler d'une cyberguerre ?

Pour Fabrice Epelboin, ces attaques russes présumées ne sont pas isolées. « Il faut comprendre que nous sommes entrés dans une nouvelle forme de guerre. Mais la règle du jeu a changé : quand vous balancez un virus sur votre ennemi, celui-ci peut copier-coller le virus, c’est-à-dire piller l’arsenal numérique de son adversaire », avance l’expert.

Gérôme Billois nuance. « Nous ne sommes pas encore dans la cyberguerre. Il n’y a pas encore de blessés ou des morts. On sait bien que les espionnages, les déstabilisations ont toujours existé dans le monde réel. Les services de renseignement et de défense utilisent désormais le numérique de plus en plus. Avant, les actions étaient secrètes ; désormais, on a une revendication de ces moyens numériques, comme on l'a vu Jean-Yves Le Drian cette semaine. » Le ministre de la Défense a annoncé la création de 2.600 militaires qualifiés de « combattants numériques » d’ici 2019.

L’élection de Donald Trump peut-elle changer la donne ?

Difficile de savoir si l’élection du nouveau Président américain changera l’éventuelle riposte des Etats-Unis promise par Obama. « Ce qui est certain, c’est qu’Obama comme Trump ont annoncé vouloir investir massivement dans la cybersécurité. Il y aura donc une continuité sur les investissements en cyberdéfense et en cyberattaques. Après, les cibles seront-elles les mêmes ? Difficile à dire, même si Trump semble afficher le contraire. »

Le nouveau Président a mis en doute l’interférence russe, établie par plusieurs agences américaines du renseignement. « Si la Russie, ou toute autre entité, faisait du piratage, pourquoi la Maison Blanche a-t-elle attendu si longtemps pour agir ? Pourquoi ne se sont-ils plaints qu’après la défaite d’Hillary ? », a-t-il écrit sur Twitter.

 

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