Une conférence de paix, histoire de se donner bonne conscience ? La question est abrupte, mais elle se pose. A quatorze mois de la fin de son mandat (en janvier 2009), George W. Bush semble s'être soudainement rappelé que le Proche-Orient vivait dans un état de guerre quasi-permanent depuis sept ans. Et qu'il était temps de faire la paix. Il a donc invité Mahmoud Abbas, côté palestinien, et Ehud Olmert, côté israélien, à participer à une journée de négociations avec les représentants d'une cinquantaine de pays, dont l'Arabie saoudite et la Syrie, à Annapolis, ville portuaire près de Washington. Remettre à flot le processus de paix ne sera pas évident. L'absence de perspectives de ces dernières années a dangereusement radicalisé les opinions publiques. Ce sont donc des dirigeants affaiblis qui prendront place aujourd'hui autour de la table de réunion. Et il faut se rendre à l'évidence, les chances qu'il se passe « quelque chose » semblent bien minces.
Un document commun obtenu à l'arraché
Négociateurs israéliens et palestiniens, après s'être montrés incapables deux mois durant, de s'entendre sur une feuille de route, semblaient être finalement parvenus à rédiger un document, hier. Ses contours n'ont pas été dévoilés. Mais les solutions sont connues de tous et depuis bien longtemps : un Etat palestinien à l'intérieur des territoires conquis par Israël en 1967, une capitale palestinienne à Jerusalem-Est et le renoncement au « droit au retour » des réfugiés palestiniens.
Des négociations pour « une paix globale »
C'est en tout cas l'objectif avancé par le président Bush dans la lettre d'invitation envoyée aux participants. Pour les plus optimistes, cela signifie que la conférence a non seulement pour objectif d'aboutir à une solution sur le front israélo-palestinien, mais aussi d'inclure dans le processus des questions aussi épineuses que le plateau du Golan, qui oppose Israël à la Syrie depuis 1967. Conséquence : Damas a décidé d'envoyer à la dernière minute son vice-ministre des Affaires étrangères.
Une conférence « anachronique »
Bush a promis l'installation d'un « comité de suivi » à l'issue de la réunion d'aujourd'hui sous l'égide du Quartet. Malgré tout, rien dans cette conférence n'incite vraiment à l'optimisme, étant donné le contexte régional, « au bord de l'embrasement », comme le souligne Dominique Thomas, auteur de Crises politiques en Palestine (Ed. Michalon), qui parle même d'une conférence « anachronique ».
Bush ne mettra pas les mains dans le cambouis
Stephen Hadley, conseiller à la Sécurité du président Bush dit qu'il appartient « aux parties de mener des négociations ». En clair : Bush ne mettra pas les mains dans le cambouis. Or, sans des déterminations sans failles, peu de chances rejoindre le chemin de la paix, pour Ilan Greilsammer, professeur de Sciences politiques israélien qui taxe Olmert et Abbas de « nains politiques ». Professeur de Relations internationales à Sciences Po Paris et auteur du Diplomate et de l'intrus, à paraître, chez Fayard, Bertrand Badie revient sur ce « paradoxe » qui veut que même si « tout le monde a intérêt à ce que cette réunion soit un succès, chacun est arrêté par ses propres incapacités à aller de l'avant. Les Etats-Unis à cause de la guerre en Irak, les Israéliens du fait de l'absence de légitimité d'Olmert et les Palestiniens parce qu'une moitié seulement de leurs dirigeants ne siégeront à la table des négociations ».