Des enfants au camp de Khazer, en Irak , le 15 novembre 2016.
Des enfants au camp de Khazer, en Irak , le 15 novembre 2016. - . Fourt / Handicap International

Un mois après son lancement, la bataille de Mossoul engagée par les forces irakiennes pour déloger les djihadistes de la deuxième ville du pays, s’installe dans la durée. Un calvaire pour les civils qui risquent d’être pris dans le feu des combats ou d’être utilisés comme boucliers humains par Daesh. D’où leur volonté de plus en plus fréquente à fuir leur domicile pour tenter de gagner un camp de réfugiés. 20 minutes a fait le point sur la situation avec deux ONG présentes sur place.

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Combien de personnes ont déjà fui Mossoul et ses environs ?

« Depuis le début de l’offensive le 17 octobre, on a dénombré 62.000 déplacés. Et au cours de la semaine dernière, leur nombre a plus que doublé », indique Fanny Mraz, chef de mission Handicap International en Irak, actuellement sur place. Ces réfugiés trouvent asile dans un des 8 camps d’accueils situés autour de Mossoul (9 autres vont bientôt ouvrir). Mais beaucoup de civils sont encore prisonniers de la ville, car les tentatives de créer des corridors humanitaires pour leur permettre de fuir sont souvent infructueuses.

Dans quel état arrivent-ils dans les camps ?

« Ils sont éprouvés physiquement et psychologiquement. Et s’il y a beaucoup de familles, il n’est pas rare de voir des mineurs isolés. Comme ce jeune homme de 17 ans, dont la famille avait été exécutée », raconte Florian Seriex, membre d’Action contre la faim, actuellement à Erbil, la capitale du Kurdistan irakien. « Ils sont souvent très fatigués car ils ont parfois marché très longtemps pour gagner un camp d’accueil. Et certains d’entre eux ont dû rester dans des zones tampons pendant plusieurs jours avant d’arriver. Ils n’ont pas eu accès à l’hygiène et se sont peu nourris. Enfin, certains ont croisé des mines sur leur chemin et sont blessés », constate aussi Fanny Mraz.


Les réfugiés de Mossoul

Quels soins et quelles aides leur sont proposés ?

Dans chaque camp,plusieurs ONG se fédèrent pour proposer des aides de différentes sortes. « Nous prenons en charge les installations sanitaires, l’approvisionnement en eau, la distribution de kits d’hygiène, l’installation de poubelles et nous apportons un soutien psychologique aux familles meurtries », explique Florian Seriex. Depuis le début de la bataille de Mossoul, ACF est déjà venue en aide à plus de 17.000 personnes ayant fui Mossoul et ses alentours. Les personnes nécessitant une prise en charge particulière sont redirigées ensuite vers des entretiens individuels avec un psychologue.

Handicap International, qui va intervenir dans plusieurs camps dès la semaine prochaine, proposera aussi différents services : « Nous allons porter assistance aux blessés et aux personnes handicapées pour leur dispenser des soins de réadaptation et leur fournir des aides à la mobilité (fauteuils roulants, béquilles, lits, chaises toilettes…) », explique Fanny Mraz. L’ONG va aussi proposer un soutien psycho-social aux déplacés : « Ces personnes ont subi le traumatisme de quitter leur maison, ont vécu sans liberté dans des zones contrôlées par Daesh et certaines ont même vu des scènes abominables d’exécutions », rapporte Fanny Mraz. L’ONG proposera également des séances de sensibilisation aux dangers des explosifs : « N’importe quel objet du quotidien peut être piégé ; il est donc nécessaire de préparer les civils à leur retour chez eux en les informant sur les risques miniers et en leur apprenant à identifier les engins explosifs improvisés », poursuit la chef de mission Handicap International en Irak. Depuis 2014, Handicap International a d’ailleurs sensibilisé 100.000 personnes aux dangers des explosifs en Irak.

Contacté par 20 minutes, MSF indique aussi que ses équipes mobiles fournissent des soins médicaux et mentaux aux réfugiés accueillis dans plusieurs camps autour de Mossoul. L’ONG a aussi créé un hôpital de campagne avec une capacité chirurgicale à environ 30 km au nord de Mossoul et en installe un autre à Qayyarah, à environ 60 km au sud. Et ce pour soigner des blessés, le plus souvent atteints par des éclats d’obus ou des explosions.

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Quelles sont les conditions de vie dans les camps ?

Les membres d’une même famille bénéficient généralement d’une tente. Mais quand il manque de la place, plusieurs familles y cohabitent. Les enfants bénéficient aussi d’activités « récréatives » au sein des camps, « même si les moyens sont très insuffisants sur ce point », constate Fanny Mraz. Malgré l’accompagnement apporté par les ONG, les réfugiés vivent mal la promiscuité. « L’un des camps où nous intervenons, celui deKhazir, est occupé par 23.000 personnes et 1.000 de plus arrivent chaque jour », indique Florian Seriex. Et même s’ils se sentent plus en sécurité dans un camp que chez eux, beaucoup de réfugiés sont très angoissés : « Ils ont perdu leurs repères sociaux et familiaux et ne savent pas de quoi l’avenir sera fait », témoigne Fanny Mraz.

Certains quittent-ils les camps pour retourner chez eux ?

« Selon les derniers chiffres dont nous disposons 3.300 personnes sont déjà reparties chez elle depuis le mois dernier. La plupart ont attendu que les forces irakiennes déclarent que la zone était sécurisée. Mais cela ne signifie pas qu’il n’y a plus de danger, car il demeure beaucoup d’engins explosifs, sans forme de pièges », souligne la chef de mission Handicap International en Irak.

Les ONG présentes sur place ont-elles besoin de plus de dons pour aider ces réfugiés ?

Oui, car elles craignent que la bataille n’entraîne un déplacement massif de plus d’un million de civils : « Les acteurs humanitaires ont pu, pour l’instant, faire face à l’afflux des premiers déplacés, mais leur nombre augmente considérablement au fil du temps et certains services viennent déjà à manquer », s’inquiète ainsi Fanny Mraz.

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