Présidentielle américaine: Pourquoi les femmes ont voté pour Donald Trump

MONDE Lors de l'élection présidentielle américaine, 42% des femmes ont voté pour Donald Trump...

A.B.

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Lors de l'élection présidentielle américaine, 42% des femmes ont voté pour Donald Trump.

Lors de l'élection présidentielle américaine, 42% des femmes ont voté pour Donald Trump. — E.Vucci/AP/SIPA

Pas rancunières les Américaines. Malgré des accusations d’agression sexuelle, des propos misogynes et une position controversée sur l’avortement, Donald Trump a conquis la Maison Blanche en partie grâce au vote des femmes, que l’on pensait pourtant massivement acquises à son adversaire Hillary Clinton.

Soutenu par les femmes blanches peu diplômées

Si la démocrate a récolté 54 % du vote féminin, Trump a tout de même engrangé 42 % des voix des femmes, soit bien plus qu’attendu, selon les chiffres par catégories publiés par le New York Times. Plus de la moitié des électrices blanches ont soutenu le candidat républicain, dont 62 % n’ont pas de diplôme universitaire, complète CNN.

Ces résultats contredisent les prédictions selon lesquelles les nombreux propos sexistes - dont un enregistrement datant de 2005 où il se vante d’attraper les femmes par l’entrejambe - distillés par le Républicain tout au long de sa campagne auraient repoussé les femmes et aidé à faire de Clinton la première femme présidente des Etats-Unis.

Pour les experts politiques, l’issue du scrutin montre que les électeurs se sont focalisés sur l’économie, l’emploi, l’immigration et la crainte d’attentats bien plus que de savoir si une femme ou un homme serait le prochain locataire de la Maison Blanche.

Une misogynie pas problématique

Malgré les tweets vaseux à trois heures du matin contre une ex-Miss Univers, ou les déclarations sur une journaliste télé taxée d’avoir ses règles qui ont fait grincer les dents de beaucoup d’électrices, « il n’y a pas eu de grande sororité », remarque Diane Heith, professeure de science politique à la St. John’s University de New York. « La manière dont il a traité les femmes n’a pas éclipsé les points importants pour son électorat : le déclassement social, l’impression d’être méprisé par les élites dont Hillary faisait partie intégrante », ajoute-t-elle.

La victoire surprise du magnat de l’immobilier a malgré tout déstabilisé nombre de femmes, stupéfaites que les électeurs n’aient pas tenu rigueur au futur président pour son attitude sexiste.

« Plus de la moitié des femmes blanches ont voté pour un homme qui s’est vanté d’avoir commis des agressions sexuelles sur une vidéo, qui a dit qu’il nommerait à la Cour suprême un juge qui révoquerait Roe V. Wade », la décision qui a légalisé l’avortement, « et qui a passé trente ans à publiquement ramener les femmes à leurs attributs sexuels », a commenté une journaliste américaine de Slate. « Les femmes blanches ont trahi leurs comparses, leur pays et elles-mêmes hier soir », ajoute-t-elle.

L’avortement en balance

L’une des inquiétudes pour les droits des femmes porte sur la position qu’adoptera l’ex-star de téléréalité sur l’avortement une fois dans le bureau ovale. Trump s’est positionné très à droite sur cette question pendant la campagne, allant jusqu’à suggérer qu’il faudrait soumettre les femmes qui ont recours à l’IVG à «une forme de punition » si l’avortement venait à être interdit. Mais face au tollé, le milliardaire s’est ensuite rétracté.

Une position initiale peut-être influencée par son vice-président Mike Pence, connu ses lignes religieuses et sociales très conservatrices. Lorsqu’il était gouverneur de l’Indiana, Pence avait milité en faveur de mesures parmi les plus restrictives du pays contre l’avortement et pour priver de financement les centres de planning familial, où sont pratiqués des IVG. « Les Américaines soucieuses des libertés reproductives devraient s’inquiéter de la présidence Trump-Pence », assure Diane Heith.

Juliet Williams, professeure d’études féministes à UCLA, remarque que le vote féminin étonnamment robuste en faveur de Trump témoigne d’une mauvaise lecture du vote féminin. « La thèse qui s’est installée très tôt dans la campagne selon laquelle le vote en faveur de Trump venait d’hommes blancs en colère comme les mineurs de charbon en Virginie occidentale ou les ouvriers de l’automobile dans le Michigan » ont omis de réaliser que « les femmes blanches en colère aussi ont un poids électoral ».

Un oubli qui selon elle a coûté la Maison Blanche à Hillary Clinton, qui n’aura pas réussi à briser le fameux plafond de verre.