La réplique la plus mémorable du troisième et dernier débat présidentiel a fait la une des journaux américains le 20 octobre dernier : Donald Trump  refuse de s’engager à respecter l’issue du scrutin alors que les sondages donnent sa rivale Hillary Clinton gagnante. Au modérateur qui lui demandait s’il accepterait le résultat de l’élection, le candidat républicain a répliqué : « Je vous le dirai à ce moment. Je vous laisse dans le suspense ». Le magnat de l’immobilier martèle depuis quelques semaines qu’il y a des risques de fraude et que le scrutin est « truqué ». Que pourrait-il se passer s’il contestait le résultat du vote qui s’achève ce mardi ?

Des « menaces en l’air » ?

Pour parer d’éventuelles fraudes, qu’il craint « massives », Donald Trump a lancé en août un appel pour recruter des observateurs bénévoles pour surveiller les bureaux de vote, ce qui fait craindre à ses détracteurs des tentatives d’intimidation. Aux Etats-Unis, chaque Etat a ses propres règles électorales. Ce système complexe avec ses grands électeurs écarte selon les spécialistes l’éventualité de fraudes massives. « Les enquêtes du FBI et du ministère de la Justice n’ont jamais démontré l’existence de fraude lors d’élections présidentielles », souligne Alix Meyer, maître de conférences en civilisation américaine à l’université de Bourgogne.

Les paroles du milliardaire pourraient n’être que « des menaces en l’air », mais elles risquent d’attiser la colère d’une partie de son électorat. Selon une enquête du Pew Research Center les sympathisants de Trump ne sont que 11 % à avoir « très confiance » dans la régularité de cette élection présidentielle.

Bien avant la candidature de Donald Trump, la remise en cause des élections faisait déjà partie du discours du Grand Old Party (le parti républicain), rappelle Alix Meyer. « Au cours des cinq dernières années, les Etats tenus par des républicains ont rendu la carte d’identité obligatoire pour voter, dans un pays où beaucoup de gens n’en ont pas, en particulier au sein des minorités et des franges plus démunies de la population, qui votent traditionnellement démocrate ». Le parti républicain a toutefois demandé à ses militants de ne pas venir surveiller des bureaux de vote ce 8 novembre.

Peut-on contester le résultat de la présidentielle américaine ?

Une fois les bureaux de vote fermés, Donald Trump pourra-t-il contester les résultats en cas de victoire d’Hillary Clinton ? Dans le cas où le résultat est très serré, un recomptage des bulletins peut avoir automatiquement lieu dans certains comtés, en cas d’écart inférieur à 200 voix en Arizona, à un point de pourcentage au Colorado ou 0,5 point en Floride, par exemple. Dans certains Etats, un candidat ou même un contribuable peut contester le résultat en déposant une requête auprès du juge.

Un scénario qui n’est pas inédit et qui pourrait faire basculer l’élection. Ce fut le cas lors de la présidentielle de 2000, en Floride, où George W. Bush et Al Gore étaient au coude-à-coude. Il a finalement manqué 537 voix à Al Gore pour l’emporter en Floride, Etat qui compte 29 grands électeurs, et remporter la présidentielle. [Rappelons que le président des Etats-Unis est élu par un collège électoral de 538 grands électeurs désignés au suffrage universel et que le candidat arrivé en tête d’un Etat emporte la totalité des grands électeurs attachés à cet Etat (sauf dans le Maine et le Nebraska)].

En théorie, Donald Trump ou ses soutiens pourraient donc contester le scrutin. « Mais si le résultat n’est pas très serré, et je pense que ce sera le cas, une telle requête ne mènera nulle part et ne changera rien au résultat », estime Rick Hasen, professeur de droit et de sciences politiques à l’université de Californie. En 2012, Donald Trump avait déjà crié (sur Twitter) à la fraude après la réélection de Barack Obama. En vain.

Des risques de violence ?

Les déclarations de Donald Trump font craindre à certains observateurs l’éclatement de violences post-élection. Pour Alix Meyer, les accusations de fraude font partie d'« une rhétorique inquiétante qui peut avoir des conséquences violentes si une partie des électeurs de Trump s’inspirent de ses paroles pour justifier des actes violents ». Un avis partagé par Sophie Body-Gendrot, américaniste et politologue, chercheure au CNRS. « On peut s’attendre à des affrontements entre électeurs, les passions sont exacerbées dans les deux camps, et l’un subira une déception formidable. Il y aura probablement des contestations, des accusations de fraude, ou d’obstruction au vote ».

Qu'ils soit violent ou non, ce scrutin aura vu drastiquement chuter la confiance des Américains dans leur système électoral. L'après 8 novembre s'annonce d'ores et déjà compliqué.