La date du 7 octobre entrera-t-elle dans l’histoire comme le jour où la campagne présidentielle américaine a basculé ? Depuis la publication d’une vidéo dans laquelle Donald Trump se vante de comportements assimilables à des agressions sexuelles, la campagne du candidat républicain est en difficulté dans les sondages et surtout dans les médias américains, qui ont publié des témoignages compromettants pour le magnat de l’immobilier. A quatre semaines du scrutin, la course à la Maison Blanche est-elle perdue d’avance pour Donald Trump, face à sa rivale Hillary Clinton ?

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Tempête médiatique

Quatre témoignages de femmes accusant Donald Trump de harcèlement sexuel et d’agression sexuelle ont été publiés dans la presse américaine cette semaine, dont deux mercredi, relayés dans de nombreux médias. Le milliardaire a beau se défendre et démentir les faits à grand renfort de tweets et de lettre d’avocats, sa voix est quelque peu inaudible et ces dernières révélations enfoncent le clou pour le candidat controversé pour ses déclarations sexistes depuis de longs mois.

 

Ces révélations ont permis à Hillary Clinton de creuser l’écart avec son adversaire. La moyenne des sondages sur les intentions de vote lui donne désormais six points d’avance, contre seulement trois points il y a deux semaines. La tendance pourrait se confirmer, la candidate démocrate n’étant pour l’instant pas mise en difficulté par les fuites publiées par le site WikiLeaks.

« Affronter Donald Trump est en quelque sorte une chance pour le parti démocrate, qui a lui aussi des squelettes dans ses placards et qui est de plus en plus en remis en cause par la base militante », nuance Elisabeth Vallet*, professeure associée à l’Université du Québec à Montréal (UQAM).

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Un électorat fracturé

« Ses déclarations racistes étaient déjà incompatibles avec la morale moyenne du pays, même si cela ne lui a pas nui pendant les primaires car cela touchait un certain électorat. Mais les primaires sont finies et s’adresser uniquement à un électorat de niche ne suffit pas », note l’historienne Nicole Bacharan** qui estime que Donald Trump « peut difficilement » inverser la tendance.

Les témoignages d’agressions sexuelles sont d’autant plus dévastateurs pour la campagne de Trump que l’électorat des Etats-Unis est un peu plus féminin. « D’un point de vue comptable, les femmes vont jouer un rôle déterminant dans cette élection car elles se mobilisent davantage que les hommes », souligne Elisabeth Vallet. De nouveaux sondages publiés par le site Five Thirty-Eight reflètent d’ailleurs un très net « gender gap », comme on dit outre-Atlantique pour parler des inégalités hommes-femmes.

« Les hommes blancs restent très favorables à Donald Trump », observe Elisabeth Vallet, qui rappelle que la base militante du candidat républicain est résumée par « White angry men » (« les hommes blancs en colères »), même si « les femmes moins diplômées sont plus susceptibles de voter Trump ». « Il y a une fracture liée au genre au sein des électeurs. Les femmes ont toujours été plus enclines à voter démocrate que les hommes, mais jamais l’écart n’avait été si important ».

Une militante pro-Trump à un meeting en Floride le 12 octobre 2016.
Une militante pro-Trump à un meeting en Floride le 12 octobre 2016. - SIPANY/SIPA

Le vote final est prévu dans quatre semaines, mais certains électeurs ont déjà commencé à voter par anticipation. « Les estimations prévoient que 40 % des votants se seront exprimés avant le 8 novembre », précise Nicole Bacharan. Un calendrier qui ne joue pas en faveur de Donald Trump, à qui le temps pourrait manquer. Reste la question de la participation : « l’abstention est un enjeu de taille », prévient Elisabeth Vallet. Dans une campagne où les deux candidats atteignent des records d’impopularité, les électeurs se rendront-ils aux urnes ?

* auteur de Comprendre les Élections Américaines. La course à la Maison Blanche (Editions Septentrion, 2016).

** co-auteur de First Ladies. A la conquête de la Maison Blanche, avec Dominique Simonnet (Editions Perrin, septembre 2016).