Deux policiers tortionnaires égyptiens condamnés grâce à Internet

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Publié le 7 novembre 2007.

EGYPTE - Ils avaient filmé leurs méfaits, la blogosphère s'est indignée...

Les deux policiers sont tombés dans leur propre piège. En janvier 2006, dans un commissariat de Boulaq Dakrour, un quartier populaire du Caire, Islam Nabih, 28 ans, et Reda Fatih, 25 ans, violent et torturent un détenu, le conducteur de microbus Emad Al-Kabir. Ils filment eux-mêmes la scène, via un téléphone portable, et la diffusent autour d’eux, pour, selon la victime, accroître son humiliation et montrer aux autres chauffeurs ce qu’il en coûte de résister à la police.

Mal leur en a pris: récupérée par le cyber-activiste Wael Abbas, la vidéo est diffusée sur des blogs et finalement sur YouTube. On y voit notamment des policiers – aux visages non-identifiables – sodomiser Emad Al-Kabir avec un bâton.

Trois ans de prison...

Les images tournent sur Internet et provoquent un choc dans le pays. Alertée, la presse égyptienne se saisit de l’affaire, et les tortionnaires sont finalement arrêtés.

Après plusieurs reports, la Cour criminelle du Caire a condamné lundi les policiers à trois ans de prison, pour torture et violences sexuelles.

«C’est la plus lourde condamnation d'actes de torture commis par la police depuis vingt ans, s’est félicité Nasser Amin, l'avocat qui a porté l'affaire en justice. La justice égyptienne a décidé de ne plus ignorer ce genre de crimes.»

... au lieu de quinze

La blogosphère égyptienne, à l’origine des révélations, pointe tout de même ses limites. «Oui, c’est une grande victoire, clame ainsi la blogueuse Zeinobia. Mais c’est une condamnation trop faible, trois ans seulement !»

Et Zeinobia de s’insurger contre les arguments du juge, qui a motivé cette peine de trois ans de prison par le fait que les «accusés sont jeunes et manquent d'expérience». Les deux fonctionnaires étaient en effet passibles de 15 ans de prison.

The Arabist, de son côté, rappelle l’autre pan de l’affaire : «[Ce verdict] une bonne nouvelle dans un dossier par ailleurs effroyable – souvenez-vous qu’Al-Kabir avait été condamné en janvier dernier à trois mois de prison pour avoir résisté lors de son arrestation.»

L’Egypte est régulièrement pointée du doigt par les organisations de défense des droits de l’Homme, qui accusent la police de recourir à la torture «de manière systématique sur les prisonniers politiques et les suspects de droit commun».  Ce que dément le ministère de l’Intérieur, qui parle de cas isolés.
Laurent Roche
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