150 jours sans gouvernement

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Publié le 6 novembre 2007.

BELGIQUE — Tout comprendre sur la crise politique...

La Belgique vit aujourd’hui depuis 149 jours sans gouvernement. Record battu ! La précédente crise, en 1987, n’avait duré «que» 148. Et ce n’est pas terminé. Les grands vainqueurs des élections du 10 juin n’arrivent toujours pas à se mettre d’accord. Décryptage.

Quelles sont les raisons de la crise?

Yves Leterme, chef des chrétiens-démocrates de Flandre, est sorti en tête des élections législatives du 10 juin. Depuis, il essaie de constituer une coalition de centre-droit, baptisée «l’Orange bleue», comprenant les partis libéraux et chrétiens-démocrates flamands (néerlandophones) et wallons (francophones). Problème, ces partis n’ont pas du tout été élus sur le même programme. La Flandre avait plébiscité les partis réclamant une vaste réforme de l’Etat, afin que la riche région néerlandophone puisse gérer à sa guise son économie. A l’opposé, les élus francophones défendent un Etat fédéral fort, garantissant la «solidarité» entre les Flamands et Wallons.

Wallons et Flamands s’écharpent surtout sur les questions «communautaires», c’est-à-dire des attributions de l’Etat fédéral et des régions. Mais les Wallons accusent les Flamands de vouloir l’éclatement du pays. Ces derniers, dans leur majorité, disent vouloir seulement plus d’autonomie.

Quels sont les points d’achoppement?

Depuis lundi, les négociateurs se sont attaqués aux questions épineuses du budget ou des réformes institutionnelles. Ces derniers jours, une nouvelle pomme de discorde est apparue: l’arrondissement électoral de Bruxelles-Hal-Vilvorde, dit «BHV», qui cristallise les tensions entre Flamands (60% de la population belge) et francophones (40%). Les partis Flamands réclament que l’arrondissement de BHV, seule circonscription bilingue du pays, soit scindé en deux entités distinctes. Ce qui est inacceptable pour les Wallons.


Dans l’intervalle, qui gère l’Etat?

Le gouvernement sortant du libéral flamand Guy Verhofstadt, désavoué par les urnes, est toujours au pouvoir, mais il se borne à gérer les «affaires courantes».

Quelles solutions sont envisageables?

Sur le sujet brûlant de l’arrondissement «BHV», Yves Leterme devrait proposer d’ici à mercredi midi des «pistes de solution» qui conviendraient aux différentes parties. Difficile d’imaginer pour autant qu’un gouvernement sera formé mercredi. Aucun accord global n’est vraiment envisagé par les partis avant le 15 novembre. Mais aucun parti n’a intérêt à faire trop de concessions qui pourraient lui coûter cher aux élections régionales de 2009.

Quelle est l’urgence?

Mercredi, les partis flamands pourraient voter une loi pour scinder en deux l’arrondissement BHV. Une telle initiative «serait ressentie comme terriblement agressive», a déjà averti lundi soir l’une des principales négociatrices francophones, la présidente du parti centriste CDH Joëlle Milquet. Cela mettrait sans doute un terme aux négociations de l’orange-bleue, et plongerait un peu plus le pays dans la crise.

La Belgique va-t-elle exploser?

C’est une hypothèse qui est maintenant envisagée, même si la scission n’est pas encore à l’ordre du jour. Elle est pourtant dans tous les esprits. «Je ne mettrais pas ma main au feu qu’on va s’en sortir. On est au bord de la crise institutionnelle», a d’ailleurs lâché le président des libéraux flamands, Bart Somers, à la sortie d’une réunion avec Yves Leterme lundi soir. Pas vraiment optimiste, à l’image de ses compatriotes: 63% des Flamands pensent que la Belgique va se scinder, selon un sondage paru lundi dans la presse flamande.
Pierre Koetschet
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