En Californie, dans le stade, à l’abri des flammes

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Publié le 23 octobre 2007.

REPORTAGE – A San Diego, des milliers d’évacués s’apprêtent à passer la nuit à la belle étoile dans l'antre des…

«Ça fait plus de dix ans que je n'ai pas fait de camping.» Allongé sur son matelas, Steve tente de garder le sourire. Pourtant, «pas évident de trouver le sommeil quand on se demande si sa maison sera encore debout le lendemain».
Comme plus de 250.000 habitants du comté de San Diego, Steve a dû abandonner sa demeure, lundi à l'aube, sous la menace des incendies qui ravagent le sud de la Californie depuis ce week-end. Dans sa voiture, il a emmené «quelques vêtements, et surtout des papiers important de la banque et de l'assurance». Au cas où.

Avec sa femme Judith –quarante ans de mariage cette année, précise-t-elle–, ils ont d'abord trouvé refuge chez des amis, avant de devoir reprendre la route. «L'odeur âcre de la fumée était terrible. L'atmosphère presque irrespirable», explique cette native de l'Ohio.

Plusieurs milliers de réfugiés

Pour le couple, direction le Qualcomm Stadium, habituel théâtre des exploits des San Diego Chargers, l'équipe de football américain de la ville. Ici, les secours s'organisent avec l'aide de centaines de volontaires et de soldats.

Un talkie-walkie dans une main, le major Drake estime que «plusieurs milliers de réfugiés devraient arriver». «Heureusement, ajoute-t-il, à la différence de la Nouvelle-Orléans lors de l'ouragan Katerina, nous avons la chance d'avoir un climat très agréable, même fin octobre.» Cette nuit, la température ne devrait en effet pas descendre sous les 20°C.

Latinos et asiatiques

Il y a cependant une similitude avec Katerina. Ceux qui s'apprêtent à dormir à la belle étoile sont essentiellement les plus défavorisés: Mexicains, Asiatiques et personne âgées. «No english», s'excuse une femme au regard fatigué. Pablo, son neveu, fait office de traducteur. Ils ont dû évacuer la région de Rancho Bernardo, au nord-est de San Diego, à 5 h ce matin. Ils n'ont presque rien emmené et «prient pour tout retrouver intact».

Matelas, couvertures, nourriture… Tout provient d'un élan de générosité sans précédent. Un train continu de voitures décharge des tonnes de matériel. Les scouts de San Diego ne savent plus où donner de la tête. Eau, jus de fruits, conserves, pizzas toutes chaudes, croquettes pour chats, peluches… «le plus dur, c'est de faire le tri», confie l'un d'entre deux, pendant que plusieurs autres sont occupés à monter des tentes.

Austin, 11 ans tout juste, maîtrise la technique. Cinq minutes à peine, et il passe à la suivante. Interdit cependant d'aller planter des sardines dans le pré des Chargers: les tentes sont installées dans les travées du stade, à l'abri.

Les yeux rivés sur les écrans de télé

Sandhaye, arrivée d'Inde l'année dernière, tente, elle, d'occuper sa fille de 2 ans. «Elle ne comprend pas vraiment ce qui se passe», raconte la mère. Un peu plus loin, deux étudiants Slovaques rassurent leur famille via Internet, un adolescent écoute son iPod. Certains toussent. D'autres se frottent les yeux.

Sur une scène improvisée, un groupe de quinquagénaire jouent un «Johnny Be Good» endiablé, pour «remonter le moral des gens», explique le guitariste. Si quelques uns dansent, la majorité a les yeux rivés sur les dizaines d'écrans de télévision, regardant avec anxiété la mise à jour des cartes des incendies.

Les mêmes images de flammes et de maisons brûlées tournent en boucle, et les présentateurs du journal rappellent combien la Californie du sud souffre du manque d'eau. Un peu plus bas, on peut entendre le bruit régulier de l'arrosage automatique de la pelouse.

Lire également la note sur le blog de notre correspondant en cliquant ici
De notre correspondant à San Diego, Philippe Berry
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