Tentative de coup d'Etat en Turquie: Bruxelles, Berlin, Washington… Ankara menacée de toute part

TURQUIE L'UE et les Etats-Unis ont unis leur voix pour sommer le régime du président Erdogan de ne pas tomber dans l'arbitraire...

C. A. avec AFP

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Le président turc Recep Tayyip Erdogan aux côtés de l'ancien président turc Abdullah GÜl le 17 juillet 2016 à Istanbul, lors des funérailles d'une des victimes du putsh manqué

Le président turc Recep Tayyip Erdogan aux côtés de l'ancien président turc Abdullah GÜl le 17 juillet 2016 à Istanbul, lors des funérailles d'une des victimes du putsh manqué — ARIS MESSINIS / AFP

L’inquiétude montait ce lundi au sein de la communauté internationale, face à la vague de répression qui touche la Turquie depuis le coup d’Etat manqué mené par un groupe de militaires dans la nuit de vendredi à samedi.

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« L’Etat de droit » doit prévaloir, averti Berlin

Le gouvernement allemand a déploré lundi des « scènes révoltantes d’arbitraire et de vengeance » survenues en Turquie à l’encontre de soldats soupçonnés d’avoir participé au putsch.

« Nous avons vu dans les premières heures après l’échec du putsch des scènes révoltantes d’arbitraire et de vengeance envers des soldats, en pleine rue », a dit le porte-parole du gouvernement allemand. « Une telle chose est inacceptable », a insisté Steffen Seibert lors d’un point de presse gouvernemental.

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« Et dans ce contexte, il faut également dire clairement : cela soulève de graves questions et des doutes lorsque, un jour après la tentative de putsch, 2.500 juges se voient relevés de leurs fonctions », a encore dit Steffen Seibert.

Le gouvernement allemand « condamne » la tentative de coup d’Etat, a poursuivi le porte-parole, ajoutant que désormais, « l’Etat de droit » devait prévaloir.

Les Etats-Unis veulent des preuves de l’implication de Gülen

John Kerry, le secrétaire d’Etat américain, a exhorté la Turquie à présenter « des preuves, pas des allégations » contre l’opposant Fethullah Gülen, jugé responsable du putsch par le pouvoir turc. Le président turc a même appelé samedi les Etats-Unis à extrader le prédicateur, qui s’est exilé en Pennsylvanie.

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Depuis le putsch manqué, la chasse aux mutins, désormais officiellement qualifiés de « terroristes », se poursuit. Au moins 290 personnes ont été tuées pendant la tentative de putsch et 7.500 personnes sont actuellement en garde à vue. Par ailleurs, près de 9.000 fonctionnaires du ministère de l’Intérieur turc ont été limogés, a indiqué ce lundi l’agence de presse progouvernementale Anadolu.

Les putschistes devront « rendre des comptes pour chaque goutte de sang versée », mais « dans le cadre du droit », a affirmé à l’issue d’un conseil des ministres à Ankara le Premier ministre Binali Yildirim.

La réintroduction de la peine de mort serait « la fin » des négociations d’adhésion à l’UE

Par ailleurs, la réintroduction en Turquie de la peine de mort, évoquée dimanche par le président Recep Tayyip Erdogan, serait « la fin des négociations d’adhésion » d’Ankara à l’UE, a également averti Steffen Seibert.

« L’Allemagne et l’UE ont une position claire : nous rejetons la peine de mort catégoriquement », a déclaré Steffen Seibert. « L’introduction de la peine de mort en Turquie signifierait en conséquence (pour Ankara) la fin des négociations d’adhésion à l’Union européenne », a-t-il prévenu.

Ankara avait aboli la peine de mort en 2004 dans le cadre de sa candidature à l’UE.

« L’UE est une communauté de valeurs et une communauté unie autour de l’idée que la peine de mort se situe hors de ses valeurs », a souligné Steffen Seibert, selon lequel « certaines déclarations venues de Turquie sont inquiétantes ».

Juppé favorable à la fin du processus d’élargissement de l’UE

L’ancien Premier ministre français, Alain Juppé, s’est montré plus dur en plaidant pour un arrêt de l’élargissement de l’UE, estimant que la Turquie n’y avait pas sa place et demandant la suspension des négociations avec les pays des Balkans.

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« A mon avis nous devons mettre fin au processus d’élargissement », a déclaré le candidat à la primaire de droite pour l’élection présidentielle de 2017 en France, et actuel favori des sondages, dans une interview publiée par le quotidien allemand Frankfurter Allgemeine Zeitung (FAZ), à l’occasion d’une visite à Berlin.

« La Turquie n’a pas sa place dans l’UE », a-t-il ajouté. Elle « n’est pas appelée à devenir un jour membre à part entière de l’Union européenne », a jugé Alain Juppé. « L’UE est tellement affaiblie, les risques sont trop grands d’intégrer en ce moment un pays de l’importance de la Turquie ».