Tentative de putsch en Turquie: Qui est Fethullah Gülen qu'Erdogan accuse d'avoir tout organisé?

CONFLIT Ancien allié du président turc, il est devenu son adversaire numéro 1…

20 Minutes avec AFP

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Fethullah Gülen, le 24 septembre 2013.

Fethullah Gülen, le 24 septembre 2013. — SELAHATTIN SEVI / ZAMAN DAILY / AFP

Il est le suspect numéro 1 pour Recep Tayyip Erdogan. Fethullah Gülen a beau vivre en reclus dans une petite ville des Etats-Unis depuis des années, le président turc, voit dans son ennemi juré le vrai responsable de la tentative de putsch qui a secoué la Turquie dans la nuit de vendredi à samedi. A peine arrivé à l'aéroport d'Istanbul, le chef d'Etat, accueilli par une foule énorme, a accusé l'imam et son mouvement d'être à l'origine du coup qui a tenté de le déposer et qui semblait avoir échoué.

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Agé de 75 ans, le prédicateur musulman, vit en reclus dans les Poconos, une région montagneuse et boisée de Pennsylvanie au nord-est des Etats-Unis, depuis 1999. Mais c'est un homme à la tête d'un mouvement puissant en Turquie, qui compte un gigantesque réseau d'écoles (en Turquie mais aussi partout dans le monde), d'ONG et d'entreprises sous le nom d'Hizmet (Service, en turc) et il est très influent dans les médias, la police et la magistrature.

Un fonctionnement similaire aux mormons

Le Hizmet fonctionne un peu comme les mormons américains. «Ils s'aident en affaires, ils ont une mentalité de missionnaire et un grand sens de l'entreprise», expliquait en 2014 Sam Brannan, du centre de réflexion Center for strategic and international Studies (CSIS). L'autre point commun avec les mormons, et celui qui fait la puissance financière d'Hizmet, c'est que tous ses sympathisants sont tenus de donner du temps ou de l'argent à l'organisation: des étudiants aux mères de familles, et en passant par les riches hommes d'affaires.

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Alors que Recep Tayyip Erdogan reprenait la main samedi matin, Fethullah Gülen a condamné «dans les termes les plus forts» la tentative de putsch. Mais le président turc avait déjà affirmé que le coup d'Etat était un «soulèvement dans lequel l'Etat parallèle a également une part». Une expression qui fait directement référence au prédicateur.

1.800 personnes en prison

Les deux hommes ont pourtant été alliés, lorsque Recep Tayyip Erdogan a profité du réseau du prédicateur pour asseoir son pouvoir. Mais ce dernier est devenu l' «ennemi public numéro un» de l'homme fort de la Turquie après un scandale de corruption de la fin 2013, qui a touché le cercle intime du président. Erdogan accuse depuis l'imam d'avoir mis en place un «Etat parallèle» destiné à le renverser, ce que les «gülenistes» nient.

La rupture et la réaction d' Erdogan a été très forte. Il a purgé les rangs de l'armée de centaines d'officiers y compris des généraux, il a fait fermer des écoles opérées par le Hizmet et aussi renvoyé des milliers de policiers. Il s'en est pris aux médias qu'il soupçonnait d'avoir des sympathies pour Gülen. Selon l'agence de presse turque Anadolu, quelque 1.800 personnes, y compris 750 officiers de police et 80 soldats ont été mis en prison ces deux dernières années dans le cadre de la lutte contre le mouvement de Fethullah Gülen. Environ 280 sont toujours derrière les barreaux en attendant leur procès, selon l'agence.

Une vie de reclus

Le prédicateur s'est installé aux Etats-Unis depuis 1999, bien avant d'être accusé de trahison dans son pays natal. Dans le paysage bucolique qui entoure la petit ville de Saylorsburg où il réside, il mène une vie de reclus, n'apparaissant que très rarement en public et accordant peu d'entretiens à la presse. Il s'est installé dans un important complexe ressemblant à un hôtel, le Golden Generation Worship and Retreat Center.

Le mouvement de Fethullah Gülen prône un mélange de mysticisme soufie et d'harmonie entre les gens basé sur l'islam. Son enseignement d'un islam ouvert à l'éducation et aux sciences ainsi qu'au dialogue interreligieux lui vaut des millions d'adeptes mais aussi les suspicions des défenseurs de la laïcité en Turquie.