Illustration djihadiste.
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« J’espère que l’attaque visant l’aéroport Atatürk sera un tournant, une charnière, pour la lutte commune à mener, avec en tête les pays occidentaux, sur toute la planète contre les organisations terroristes. » Le message de Recep Tayyip Erdogan, à la suite de l’attentat qui a fait 43 morts à l’aéroport d’Istanbul, n’a pas laissé de place au flou : le président turc souhaite une coopération avec l’Occident dans sa lutte contre l’Etat islamique. L’organisation terroriste n’a pas revendiqué l’attaque, mais le Premier ministre Binali Yildirim a indiqué que « les indices pointent Daesh ». Depuis janvier 2015, il s’agirait du septième attentat de l’EI contre le pays.

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Souvent accusée de complaisance, voire de coopération avec le groupe islamiste, la Turquie a pourtant « mobilisé ses services de sécurité, de renseignement et de police afin de démanteler les réseaux de Daesh » depuis début 2015 et cette série d’attentats, explique le directeur adjoint de l’IRIS Didier Billion. Serait-elle donc devenue un partenaire fiable des pays occidentaux dans la lutte contre le terrorisme ?

« Il ne faut pas voir la Turquie et l’EI comme des blocs, deux monolithes qui se feraient face. Il y a des histoires de gros sous qui concernent une minorité dans chacun des deux camps. On sait très bien, bien que ça ne soit pas officiel, que des Turcs aident beaucoup Daesh pour toucher de l’argent sur la vente de pétrole. La Turquie a un pied entre plusieurs univers », rapporte Amélie Chelly, chercheuse associée au CADIS (CNRS-EHESS).

Une ouverture vers la coalition

Mais ces derniers temps, avec la multiplication des attentats sur son sol, le pouvoir turc ne cache pas sa volonté de faire un pas plus à l’Ouest, du moins vers la coalition en guerre contre l’Etat islamique, du fait de nouvelles dispositions diplomatiques : « Cet attentat intervient à un moment où Israël (et ainsi l’Occident) et la Turquie normalisent leur relation, qui ne l’était plus depuis six ans après l’assaut israélien sur le navire turc Mavi Marmara. Erdogan a également fait des excuses publiques à la Russie pour l’avion abattu. En échange, Poutine a promis de lever les sanctions administratives qui interdisaient aux Russes d’aller faire du tourisme en Turquie », explique Amélie Chelly.

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Ce rapprochement avec la Russie et Israël serait un élément-clé pour comprendre la stratégie du gouvernement turc, selon Didier Billion : « Ces deux inflexions diplomatiques s’inscrivent dans le sillage d’une politique volontariste de la Turquie, qui connaît une phase de relatif isolement politique, afin de normaliser ses relations avec ses partenaires régionaux et internationaux. »

L’EI cible le tourisme

Touché économiquement par ces attentats qui ciblent des lieux touristiques (comme en Tunisie par exemple), la Turquie aurait donc revu sa position concernant Daesh, en allant peut-être plus loin encore que les pays occidentaux : « L’EI a voulu punir Ankara d’avoir normalisé les relations avec les Russes. Avec les Iraniens, ce sont les seuls qui veulent taper sur ce qu’on appelle les djihadistes modérés. Tous les pays de la coalition sont d’accord pour aller bombarder Daesh, mais c’est tout. Pour ce qui concerne le front al-Nosra et les autres groupuscules, ce sont les seuls pays qui demandent à taper fort dessus », explique Amélie Chelly.

Faut-il en conclure que la Turquie se range définitivement du côté de l’Occident ? C’est une affaire de contexte pour la chercheuse du CADIS : « La Turquie a toujours eu une volonté de se mettre dans le camp occidental, mais elle s’assoit là où on lui laisse le plus de place. C’est une question d’équilibre dans les puissances du Moyen-Orient : quand l’Iran prend plus de place, la Turquie tente d’augmenter son pan-occidentalisme, et inversement. »

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