Brexit: Un scrutin qui révèle les fractures de la société britannique

ROYAUME-UNI L’analyse détaillée des résultats du vote au référendum de jeudi témoigne de forts clivages socio-économiques et géographiques au sein de la population britannique…

Delphine Bancaud

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Le 23 juin 2016, à l'heure du dépouillement des votes AFP PHOTO / PAUL FAITH

Le 23 juin 2016, à l'heure du dépouillement des votes AFP PHOTO / PAUL FAITH — AFP

Les Britanniques ont donc décidé de quitter l’Union européenne, en votant ce jeudi. Selon les résultats définitifs publiés vendredi matin, 51,9 % des électeurs ont voté jeudi pour le « Leave » (quitter l’UE) lors du référendum, contre 48,1 % pour le « Remain », camp proeuropéen. Le scrutin a été marqué par une participation importante (72,2 %). 20 minutes analyse les grandes tendances du vote.

Une fracture géographique très marquée

Londres, l’Ecosse et l’Irlande du nord ont voté pour rester tandis que le nord et le sud-est de l’Angleterre ainsi que le Pays de Galles (52,5 % pro-Brexit) ont voté une sortie.

Le vote des régions partisanes du « leave » n’a pas uniquement été influencé par discours sur l’immigration, selon le politologue Thomas Guenolé : « la fracture géographique du vote témoigne davantage des gagnants et des perdants à l’Union européenne, les premiers ayant voté pour le « remain ». C’est le cas la mégalopole Londres, boostée par le système économique européen, les autres territoires qui dépendent des économies frontalières, comme l’Irlande du Nord (à 55,8 % en faveur du maintien) et les territoires qui ont reçu beaucoup de subventions européennes, comme l’Ecosse (qui a voté pour rester dans l’UE à 62 %). De leur côté, les perdants de l’Union européenne, qui ont voté pour le « leave » sont les arrières-pays anglais, souvent paupérisés », explique-t-il.

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Autre tendance forte sur la carte de l’élection : « les grandes villes travaillistes ont voté pour sortir de l’Europe, car la classe ouvrière très touchée par le chômage a voulu exprimer son refus de la politique d’austérité de Cameron et de l’immigration économique », explique Sarah Pickard, maître de conférences en civilisation britannique contemporaine à l’université Sorbonne Nouvelle-Paris 3. Selon l’enseignante-chercheuse, « les grandes villes étudiantes comme Newcastle, Liverpool et Manchester ont quant à elles voté pour le "remain" ».

Les seniors ont voté massivement pour le « leave » et les jeunes contre

Selon l’institut de sondage YouGov Pol, les 18-24 ans ont voté à 75 % pour le « remain » et les 24-49 ans à 56 %. Contrairement aux plus âgés (39 %).

«Les jeunes sont plus mobiles, plus ouverts au monde que leurs aînés et ont profité d’Erasmus. Ils ont aussi été moins exposés au discours anti-européen qui a cours depuis quarante ans au Royaume-Uni », explique Sarah Pickard. Mais l’explication de ce clivage générationnel est aussi d’ordre économique, explique Thomas Guenolé : « les plus de 65 ans qui sont pro-Brexit, sont aussi ceux qui sont parmi les populations les plus touchées par la pauvreté au Royaume Uni », souligne-t-il.

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Les riches proeuropéens et les pauvres pour le Brexit

« Le vote témoigne bien des inégalités au Royaume-Uni car les CSP + ont davantage voté pour le "remain" et les catégories plus défavorisées pour le "leave" », souligne Thomas Guenolé. Pour lui, la victoire du camp pro-Brexit témoigne de « l’explosion du précariat qui exprime ainsi un vote anti-système et qui se révolte contre les politiques d’austérité. Cela s’inscrit dans la logique de ce qui se passe avecPodemos en Espagne, Syriza en Grèce et le mouvement des 5 étoiles en Italie », poursuit-il.

Un avis partagé par Sarah Pickard : « la majorité des partis étaient pour rester dans l’Union européenne. Mais le peuple ne les a pas écoutés. Ce vote est l’expression d’un ras-le-bol des partis politiques et des élites », souligne-t-elle. Autre explication de ce clivage social concernant le vote selon elle : « le Parti travailliste n’a pas su axer sa campagne sur les apports sociaux de l’Union européenne, ce qui a entraîné le vote pro-Brexit de la classe ouvrière », conclut-elle.

Les premiers résultats du vote ne semblent en revanche pas révéler de différences marquées entre le choix des électeurs et les électrices. « C’est une constante dans les pays riches. C’est le signe de l’émancipation économique et culturelle des femmes », souligne Thomas Guenolé.