L'une des infirmières buklgares, Krystiynia Valcheva,
raconte sa détention en Libye dans un livre, «J'ai gardé la tête haute» (Oh ! Editions), qui sort ce lundi 8 octobre. Interview.
Avez-vous été torturée pendant votre détention en Libye?
Oui. Pendant quatorze mois, nous avons été cachées dans une école de dressage pour chiens policiers et torturées. Moi, ils ont commencé par me suspendre à la porte de façon à ce que tout mon poids pèse sur les articulations. Plus tard, ils m'ont torturée à l'électricité, ce qu'il y a de plus terrifiant. Régulièrement, j'étais frappée avec des câbles électriques, des bâtons. Pendant tout ce temps, nous avons été complètement isolées, n'avons jamais vu d'avocats, et avons été forcées de signer des papiers en arabe sans interprètes, où nous avouons ce que nous n'avons pas commis.
En 2001, vous êtes condamnées à mort, comment réagissez-vous?
J'avais un tel trop plein de souffrance que cette menace m'était complètement indifférente. Mais, de toute façon, je n'ai jamais pu imaginer ma propre exécution.
Vous êtes ensuite transférées dans une prison, avec vos collègues, comment se passe la cohabitation?
Nous étions cinq personnes extrêmement différentes, qui, même en liberté n'auraient pas choisi de vivre ensemble. L'amitié entre nous n'était pas possible. Quand on est proches et qu'on a de bons souvenirs, on peut surmonter les différends. Nous sommes seulement passées par l'enfer.
Le 12 juillet, Cécilia Sarkozy vient vous voir en prison. Que vous dit-elle?
« Ayez confiance, je fais tout mon possible et la France fera tout son possible pour que vous soyez libérées. »
Comment réagissez-vous?
Nous étions très sceptiques. Nous ne voulions pas à nouveau être déçues. Mais le 24 juillet, à 6 h 30, on est venu nous chercher pour nous délivrer.
Avant de quitter la Libye, vous avez été contrainte de vous engager à ne pas poursuivre l'Etat libyen...
Oui, mais de toute façon, je ne m'engagerai pas dans des poursuites judiciaires contre Tripoli. Je ne suis pas animée par un esprit de vengeance. Chaque fois qu'on éprouve de la haine, elle vous revient comme un boomerang. Aujourd'hui, je veux avancer dans ma vie.
Justement, que comptez- vous faire?
Je veux reprendre mes études, car je pense que cela va me rendre plus sereine et que cela va me redonner confiance en moi. Mais je ne veux pas vous dire dans quel domaine je compte m'orienter. Pour l'instant, je souhaite garder cela pour moi.
Le gouvernement bulgare vous vient-il en aide, matériellement?
Il nous a fait beaucoup de promesses. Nous espérons toujours recevoir une retraite mensuelle qui nous permette d'avoir une base matérielle, car nous n'avons plus rien. A notre libération, nous avons reçu 5 000 euros et des aides de certaines ONG, c'est tout. Nous attendons plus.