«Les Etats-Unis se préparent à attaquer l'Iran»

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Publié le 4 octobre 2007.

INTERVIEW - L'opinion du journlaiste Eric Laurent auteur d'un ouvrage sur la crise...

Interview de Eric Laurent, journaliste, auteur de «Bush, L'Iran et la bombe», Ed. Plon, 20 euros


Vous écrivez que, depuis deux ans, les Etats-Unis planifient une intervention militaire en Iran pour empêcher le pays d'avoir la bombe mais aussi pour renverser le régime...

L'Iran est vu comme une menace considérable. Et autant la guerre en Irak suscitait des divisions, autant une intervention en Iran fait consensus chez les républicains et les démocrates.

Quel est le rôle du pétrole dans le dessein américain?

Pour les Américains, la sécurité énergétique est fondamentale. L’administration Bush fait le pari - osé - que les Etats-Unis auront le contrôle de l'approvisionnement pétrolier si le régime iranien est renversé.

Que sait-on exactement de la menace nucléaire iranienne?

On ne connaît pas très bien leur degré d'avancement.

Pourquoi préparer des plans depuis deux ans, alors?

L'Iran a toujours voulu le nucléaire, mais il y a eu une accélération ces deux dernières années. En 2002, Bush a mis ce pays dans «l'axe du mal», en faisant un lien fallacieux avec le terrorisme d'al-Qaida, et les pays de la région (Israël et Arabie saoudite) ont été de plus en plus inquiets. En 2005, les Etats-Unis étaient au bord d'une intervention militaire. Ne manquait plus que l'ordre de Bush.

Pourquoi ne l'a-t-il pas donné?

A cause de l'enlisement en Irak.

Justement, vu la situation en Irak, comment une intervention en Iran est-elle envisageable?

L'idée que Bush pourrait ne pas intervenir en Iran à cause de l'Irak est fausse. C'est l'inverse: l'objectif serait de desserrer l'étau, puisque l'Iran alimente le conflit en Irak.

A quoi ressemble l'intervention militaire que préparent les Etats-Unis?

Ce serait des frappes aériennes de plusieurs semaines sur les sites soupçonnés de servir à fabriquer la bombe. A quoi s'ajoute toute la chaîne de commandement iranien.

La population iranienne risque elle aussi d'être touchée...

Oui, les dommages collatéraux seraient énormes. Par exemple, le site de Shian, près de Téhéran, est totalement imbriqué dans un quartier populaire.

La réflexion américaine sur l'après-intervention en Irak était inexistante. Y en a-t-il une pour l’Iran et laquelle?

C'est le problème, il n'y a pas de plan pour après. Michael Ledeen, un faucon spécialiste de l'Iran au conseil de sécurité de la Maison Blanche, a fait une analyse dans laquelle il prédit que le régime iranien s'effondrera comme un château de cartes. Bush est aussi convaincu que le régime des mollahs sera durablement affaibli. On assiste donc au même aveuglement qu'en Irak.

Il n'y a pas de garde-fous?

Non. Mais ce qui est aussi très inquiétant, c'est l'alliance avec certains groupes. Depuis 18 mois, les Américains font des opérations d'infiltration en territoire iranien pour saboter les installations. Les Etats-Unis ont ainsi récupéré les Moudjahidins du peuple, une organisation communiste et anti-américaine, pour faire ça. C'est délirant!

Les Etats-Unis peuvent-ils intervenir de façon unilatérale?

Oui, ils peuvent intervenir seuls, sans l'approbation de la communauté internationale. Dans l'administration Bush, la doctrine qui prévaut c'est l'unilatéralisme et la guerre préventive. Pour elle, c'est le moyen d'endiguer une menace.

Malgré tout, une intervention militaire américaine dans le contexte actuel est-elle crédible?

Tout à fait crédible, très certainement avant la fin du mandat de Bush. L'idée, aujourd'hui, c'est de laisser les négociations aller à leur terme, épuiser les bonnes volontés onusiennes pour que tous arrivent à la même conclusion: c'est l'impasse, les négociations ne sont plus possibles.

L'alternative d’une reprise potentielle du dialogue entre l'Iran et les Etats-Unis est exclue?

C'est de la pure fiction. L'Iran avait été parmi les premiers à appeler les Etats-Unis après le 11 Septembre 2001. Le dialogue a été rompu par les néoconservateurs en vue des préparatifs futurs. En fait, les idéologues et les extrémistes sont au pouvoir des deux côtés et se confortent dans leur intransigeance, donc j'imagine mal qu'un dialogue soit possible...

Une intervention militaire américaine en Iran est donc le seul horizon possible, selon vous?

Nous sommes aujourd'hui dans une période de pause. L'Iran a accepté des négociations avec l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), mais le président iranien Ahmadinejad a dit à l'ONU la semaine dernière que le débat sur le nucléaire était «clos». Les Iraniens cherchent donc avant tout à gagner du temps et à faire durer les discussions.

Quel regard portez-vous sur le changement de ton français vis-à-vis de l'Iran?

Il y a unité de vues entre Paris et Washington sur la question.

En cas d'intervention américaine, que ferait la France?

Elle ferait un geste envers les Etats-Unis, mais dont la nature reste à définir.

Quels effets aurait cette intervention, selon vous?

Une intervention serait une catastrophe, et aurait des répercussions pires qu'en Irak. Il y aurait rupture des approvisionnements en pétrole, montée des cours, panique sur les marchés, sans compter la menace terroriste, qui pourrait augmenter, et la capacité de nuisance de cette intervention dans toute la région.
Recueilli par Faustine Vincent
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