Passe d'armes entre Bruxelles et Ankara au sujet des visas turcs dans l'Union Européenne

DIPLOMATIE La Turquie refuse de se plier à toutes les exigences de l’Union Européenne sur l’accord des migrants…

W.P. avec AFP

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Recep Tayyip Erdogan et Jean-Claude Juncker, à Bruxelles, le 5 octobre 2015.

Recep Tayyip Erdogan et Jean-Claude Juncker, à Bruxelles, le 5 octobre 2015. — Virginia Mayo/AP/SIPA

Jean-Claude Juncker et Recep Tayyip Erdogan, respectivement président de la Commission européenne et président de la Turquie, se sont opposés par discours interposés au sujet de l’exemption de visas pour les Turcs dans l’Union Européenne. Le premier a assuré que la Turquie ne pourrait pas obtenir d’exemption de visa dans l’UE si toutes les conditions prévues par l’accord sur les migrants ne sont pas remplies.

Blocage autour de la législation antiterroriste turque

Parmi les 72 critères fixés pour l’obtenir, Bruxelles en compte cinq non respectés par Ankara, bien que le principal point de blocage entre les deux entités concerne avant tout la législation antiterroriste turque, dont Juncker exige une révision, craignant qu’elle soit utilisée pour restreindre la liberté d’expression et de la presse.

« Nous attachons de l’importance à ce que les conditions prévues soient remplies, sinon cet accord ne verra pas le jour », a déclaré le président de la Commission européenne, avant de renchérir. « La Turquie doit mettre en œuvre les conditions, il ne peut y avoir de "Lex Turquie" [une loi spéciale].. Si le président turc ne veut ou ne peut pas les appliquer, on ne pourra pas accorder l’exemption de visa. »

Erdogan dénonce « l’hypocrisie » de l’Union Européenne

Le président turc a immédiatement réagi aux déclarations de l’UE à l’occasion d’un discours prononcé dans la capitale turque, ne mâchant pas ses mots. « Depuis quand dirigez-vous ce pays, qui vous en a donné le droit ? », demande-t-il. Et de poursuivre sans hésiter que « ceux qui veulent ce droit [de combattre le terrorisme] pour eux-mêmes mais considèrent que c’est un luxe pour autrui, laissez-moi le dire clairement, agissent avec hypocrisie. »

Inflexible, Jean-Claude Juncker ne semble quant à lui pas disposé à plier sur ces dernières conditions à faire respecter. « Si la stratégie de M. Erdogan consiste à empêcher que les Turcs puissent voyager librement en Europe, il doit en répondre devant le peuple turc. Ce n’est pas mon problème, cela sera son problème. »

>> A lire aussi : Turquie: Bruxelles propose une exemption de visas sous conditions

« Un moment très dangereux » pour les négociations

L’exécutif européen avait ouvert la voie le 4 mai à l’exemption de visas, dont Ankara a fait une condition pour continuer d’appliquer son accord controversé avec l’UE, visant à contenir le flux de migrants souhaitant se rendre en Europe, mais le désaccord autour de la législation antiterroriste turque complique des négociations qui traversent « un moment très dangereux », a mis en garde mercredi à Strasbourg le ministre turc chargé des Affaires européennes, Volkan Bozkirun.

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