Isabelle Lasserre
Rédactrice en chef adjointe du service politique étrangère du Figaro.
Auteur de L'Impuissance française (éd. Flammarion).
D'après vous la diplomatie française est en crise car elle n'a pas su s'adapter aux changements induits par la chute du mur de Berlin, en 1989, et les attentats du 11 Septembre 2001...
Les repères ne sont plus les mêmes, les problèmes non plus. Forcément les politiques étrangères en subissent les conséquences. Il faut agir vite et parfois à chaud. Ce qui rend d'autant plus nécessaire une diplomatie préventive, articulée sur le long terme, ce que Jacques Chirac n'a pas réussi à mettre en place durant ses deux mandats à la tête du pays, lui préférant une diplomatie indexée sur ses relations avec les chefs d'Etat, comme par exemple dans le cas du Liban et de la Syrie. Sa politique vis-à-vis du président syrien, Bachar al-Assad, était calquée sur celle menée par Rafic Hariri, le premier ministre libanais.
Pour retrouver ses lettres de noblesse, la France doit, selon vous, faire bouger les lignes...
Il faut cesser d'agir sur l'échiquier international en fonction d'un antiaméricanisme, qui est devenu l'un des pires travers de notre politique étrangère. Les dangers communs comme Al-Qaida, la volonté iranienne de se doter de l'arme nucléaire devraient au contraire pousser à resserrer les rangs. Il semble que Nicolas Sarkozy l'a compris puisqu'il a très vite renoué avec Washington. Sur le dossier iranien aussi, il fait preuve d'une fermeté, qui tranche avec le discours qui prévalait sous Jacques Chirac. Mais évidemment on manque encore de recul.