REPORTAGE – Avant son discours à l'ONU, le président iranien s'est exprimé à l'université de Columbia...
«Le diable a atterri», hurle en une ce lundi le Daily News. Et il est même venu délivrer un indigeste
discours mystico-politique à la tribune de l’Université de Columbia, entre le président turkmène Berdymukhammedov et avant Michelle Bachelet, la présidente du Chili : Mahmoud Ahmadinejad, le président iranien, s’est rendu ce lundi au
World Leaders forum à l’invitation de l’Ecole des affaires publiques internationales.
Dans une ville déjà sous pression avec la tenue de l’Assemblée générale des Nations-Unies, le campus s’est réveillé dans une ambiance électrique. Devant les grilles, une foule hétéroclite – organisations dissidentes iraniennes, juives, ou la Société américaine de défense des traditions, de la famille et de la propriété – proteste dans le brouhaha.
Les étudiants entrent au compte-gouttes. A l’intérieur, des photographies de pendaisons et de flagellations, et des pancartes rappelant les déclarations les plus controversés du leader iranien. «Nous refusons de choisir entre Bush et Ahmadinedjad», «No justice no peace, USA out of Middle-East» ou le plus loufoque «Je ne vois pas ce qu’Ahmadinejad a à voir avec la circulation payante». Les étudiants se partagent entre ceux qui portent le tee-shirt «Stop Ahmadinejad evil» et ceux qui arborent le badge «Ahmadinejad n’est pas le bienvenu».
Et la
liberté d’expression occupe toutes les discussions. Brian, 18 ans, étudiant en affaires internationales, membre de l’association des étudiants républicains, juge positif que «la plupart des organisations aient soutenu son droit à parler ici». Tout comme Eliana Horn, 18 ans, qui se félicite que chaque association étudiante ait discuté : «Je suis impressionné que la plupart d’entre elles se soient entendus. Le débat n’est pas allé dans un seul sens. Mais personnellement, je ne crois pas que nous devrions utiliser l’argent de l’université pour le laisser s’exprimer ici.» «Le déni de l’Holocauste ne devrait pas être questionné», ajoute Rachel Mark, 19 ans. Pour Ori Hersteim, étudiant en philosophie de 32 ans , «il s’agit d’un cirque médiatique dans lequel Columbia est instrumentalisée. Nous avons déjà entendu ce qu’il a à dire. Et le fait qu’il puisse s’exprimer dans une université américaine lui donne une légitimité.»
«Je ne vois pas pourquoi il n’aurait pas le droit de parler, estime au contraire Justin Vlasits, 18 ans, étudiant en première année d’économie, en citant Voltaire. Je ne crois pas que l’on puisse interdire à quiconque de s’exprimer sans entraîner des choses bien pires. J’espère que les spectateurs lui poseront les bonnes questions et qu’ils l’amèneront à répondre de ses prises de position.»
Pendant ce temps, à l’intérieur du Roone Arledge Auditorium, le président iranien a déployé toute sa rhétorique pour faire face
aux rudes questions des auditeurs.
Gilles Bouvaist, à New York