«Bush peut être tenté de régler le dossier iranien par la force»

9 contributions
Publié le 24 septembre 2007.

INTERVIEW - François Heisbourg, expert à l'International Institute for Strategic studies...

François Heisbourg, expert à l’International Institute for Strategic studies, vient de publier un livre sur l'Iran* nucléaire. Pour 20minutes.fr il revient sur la crise et les déclarations de la diplomatie française.

Le 27 août, Nicolas Sarkozy, le Président français évoquait «l’alternative catastrophique: la bombe iranienne ou le bombardement de l’Iran». Il y a dix jours, Bernard Kouchner, le ministre des Affaires étrangères déclare, concernant ce dossier, qu’«il faut se préparer au pire, qui est la guerre», que révèle selon vous ce changement de vocabulaire par rapport à la précédente mandature?

Depuis le début de la crise, les Iraniens ne donnent aucun signe d’infléchissement, ce qui offre de moins en moins de perspectives de solutions négociées. Paris a peut-être voulu, à la veille d’une réunion importante au Conseil de sécurité, accroître la pression sur les membres du Conseil (la Chine et la Russie, ndlr) qui ne souhaitent pas aller plus loin dans les sanctions. Or, il faut absolument convaincre l’Iran d’entrer dans une phase de négociations, on risque sinon de se trouver acculé à des choix calamiteux : le recours aux armes pour empêcher l’Iran d’avoir recours à l’arme nucléaire ou l’acceptation de la logique de la prolifération, notamment au Moyen-Orient.

Vous expliquez pourtant qu’en 2003, Téhéran était prête à négocier sur ce dossier mais que les Etats-Unis, au lendemain de leur victoire militaire en Irak, ont refusé…


Oui, à cette époque, le gouvernement iranien tend la main aux Américains, ils sont prêts à beaucoup de compromis. Mais les Etats-Unis, tout à leur victoire militaire, refusent. Ce sont les Européens qui prennent la tête des négociations avec quelques résultats puisque les Iraniens suspendent leurs activités d’enrichissement pendant deux ans.

Celles-ci ne reprennent qu’en 2005 avec l’élection de Mahmoud Ahmadinejad à la présidence de la République…

Effectivement. Mais il faut souligner que cette volonté de se doter de l’arme nucléaire est soutenue par ceux qui l’ont élu, c’est-à-dire les classes populaires et relativement anti-occidentales. L’Iran est un vieux pays et la possession de l’arme nucléaire est une source de fierté nationale. Ahmadinejad n’hésite donc pas à jouer la surenchère pour accroître sa côte de popularité. D’autant plus qu’il est en concurrence avec le Guide Ali Khamenei sur ce dossier. Sur la scène politique intérieure, le nucléaire constitue un véritable enjeu de pouvoir.

Aujourd’hui, les Américains n’hésitent plus à brandir le spectre de l’intervention militaire, est-ce que c’est un scénario probable?

La plupart des responsables de l’administration de George W. Bush n’ont pas envie d’ajouter une guerre à une guerre. Mais le président peut être tenté de régler le dossier par la force, notamment parce qu’en 2002, lors de son discours quasi fondateur en termes de politique étrangère, sur l’axe du mal, il avait alors cité trois pays: Irak, la Corée du Nord et l’Iran. Aujourd’hui, seul le dossier iranien reste en suspens.

Comment se fait-il que des négociations aient pu être mises en place avec la Corée du nord alors qu’elles ne semblent pas possibles avec l’Iran?

A l’échelle régionale, Pyongyang ne représente pas la même menace que Téhéran. Par ailleurs, les Etats-Unis peuvent facilement rassurer les voisins de la Corée du nord, ce qui n’est pas le cas au Moyen-Orient, puisqu’ils sont embourbés en Irak. L’Irak est une erreur à tous les niveaux.

*Iran, Le choix des armes, Ed. Stock, 15,50 euros
Recueilli par Armelle Le Goff
Emploi

En partenariat avec Monster.fr

  • Trouvez le poste qui vous convient

    Retrouvez les dernières offres d'emploi sur toute la France et dans tous les secteurs avec 20minutes.fr et Monster.fr

publicité
publicité
publicité
publicité
Les dernières contributions

Chargement des contributions en cours

Réagissez à cet article
Vous souhaitez contribuer ? Inscrivez- vous, ou .
Confirmer l'alerte de commentaire
Annuler
publicité
publicité
Se connecter avec Facebook
S'identifier sur 20minutes.fr