REPORTAGE - Alors que Gaza a été déclaré «entité hostile», les denrées s'échagent difficilement...
Depuis la prise de contrôle de Gaza par la force par le Hamas en juin, Israël a fermé presque entièrement les points de passage avec Gaza, n’autorisant leur ouverture que pour des motifs humanitaires. Ce n’est pas la décision du cabinet de sécurité israélien, mercredi, de déclarer la bande de Gaza «entité ennemie» qui va améliorer la situation. L’Etat hébreu peut désormais couper l’approvisionnement vital en électricité, eau et carburant à destination des Gazaouis.
Un tapis mécanique pour graines
Jusqu’à ce jour, pour éviter d’avoir à assumer une pénurie alimentaire, Israël laisse passer des vivres au goutte-à-goutte. Seul passage équipé pour transporter des containers, le «cordon ombilical économique» qu’est Karni fonctionne au ralenti. Deux jours par semaine subsiste un ronronnement métallique: celui d’un tapis roulant jadis utilisé pour le gravier qui achemine des grains de soja par-dessus le mur de huit mètres à destination du bétail palestinien; 2.000 tonnes de grains en moyenne passent de l’autre côté en une journée.
Des denrées passent aussi au sud, près de la frontière égyptienne. Une route où stationnent une dizaine de chars mène à Sufa, et où une file de poids lourds attend sous le soleil des ordres tonnés en hébreu. Chapeau de cow-boy sur la tête, Micha Laufer orchestre le ballet des véhicules: «Mon travail consiste à les faire arriver jusqu’ici, mais s’arrête à cette ligne», dit-il en pointant du doigt la barrière jaune que vient de franchir un camion chargé de cageots de pêches; il en passe ainsi une centaine par jour. Israéliens et islamistes refusant tout contact, l’approvisionnement ne donne lieu à aucune communication directe. L’après-midi, Micha et son équipe vident ces lieux sous haute surveillance: «A quinze heures, les Palestiniens viennent récupérer la marchandise.» La journée coupée en deux, plus personne n’a besoin de s’adresser la parole.
La mesure la plus grave
Si Israël coupait les vivres à la Bande de Gaza, il s’agirait de la mesure de rétorsion la plus grave prise par Israël pour sanctionner les tirs de roquettes sur son territoire. En visite à Jérusalem pour préparer la conférence de paix prévue à l’automne, la secrétaire d’Etat américaine Condoleezza Rice a déclaré que les Etats-Unis « n’abandonneront pas les Palestiniens innocents de Gaza ».
Sur la « frontière » entre Israël et la Bande de Gaza, Eléonore de Narbonne