«Panama Papers»: La riposte du Panama après les accusations de l'OCDE

FRAUDE FISCALE Le Panama a accusé l’OCDE de se servir des informations diffusées par des médias internationaux pour déformer les faits et ternir la réputation du pays…

Clémence Apetogbor

— 

Vue aérienne de la ville de Panama.

Vue aérienne de la ville de Panama. — RODRIGO ARANGUA / AFP

Le gouvernement panaméen riposte aux critiques venues de toutes parts, après les révélations des « Panama Papers », une série de documents qui démontre comment un cabinet d’avocats du petit pays d’Amérique centrale a créé des sociétés offshore dans des paradis fiscaux pour des puissants du monde entier.

Les accusations du secrétaire général de l’Organisation pour la Coopération et le Développement Économique (OCDE), qui a qualifié le Panama de « dernière grande place » offshore, sont « injustes et discriminatoires », a affirmé dans une lettre mardi le gouvernement panaméen.

« Injuste et discriminatoire »

Dans ce courrier, envoyé quelques jours après les révélations dites des « Panama Papers » au chef de l’OCDE, Angel Gurria, le vice-ministre panaméen des Affaires étrangères, Luis Miguel Hincapié, affirme que « la stratégie d’ignorer les autres juridictions et de se concentrer uniquement sur le Panama est injuste et discriminatoire ».

« De toute évidence, (vous) utilisez l’information émanant du récent rapport diffusé par les médias internationaux pour déformer les faits et ternir la réputation du pays », déclare le vice-ministre dans sa lettre.

Luis Miguel Hincapié accuse le chef de l’OCDE d’avoir pour dessein « de contraindre à l’adoption de la norme de l’OCDE pour l’échange automatique d’informations », l’une des conditions requises par l’OCDE pour qu’un pays ne soit pas considéré comme un paradis fiscal.

>> A lire aussi : «Panama Papers»: Le cabinet Mossack Fonseca affirme avoir été piraté de l'extérieur

Pas de coopération

Le système financier du Panama est dans l’oeil du cyclone depuis la divulgation des « Panama papers », publiés alors que les autorités du pays et l’OCDE s’affrontent sur l’accès à l’information financière.

L’OCDE a accusé le Panama de ne pas coopérer suffisamment contre le blanchiment d’argent en refusant de fournir les informations financières de manière immédiate. Le Panama assure toutefois être prêt à partager ces informations, mais selon ses conditions, dont celle de garantir la confidentialité de son centre bancaire, qui contribue à hauteur de 7 % au PIB national.

« Les révélations des "Panama papers" mettent en lumière la culture et la pratique du secret (bancaire) au Panama. Le Panama est la dernière des grandes places offshore qui permet encore de dissimuler des fonds pour échapper à l’administration fiscale et aux autorités répressives », avait déclaré Angel Gurria lundi, au lendemain des révélations.

Des représailles à venir ?

La France a par ailleurs décidé de réinscrire ce pays d’Amérique centrale sur sa liste des paradis fiscaux. Le Panama « a voulu nous faire croire qu’il était en capacité de respecter les grands principes internationaux. Il a pu obtenir ainsi de ne plus être inscrit sur la liste noire des paradis fiscaux », a rappelé mardi le ministre des Finances Michel Sapin, interrogé à l’Assemblée nationale.

Une décision qui n’a pas plu au petit pays d’Amérique centrale. Le Panama a répliqué mardi soir en déclarant qu’elle envisageait des représailles contre la France.

« Au Panama, il existe une loi qui prévoit des mesures de rétorsion contre les pays qui incluraient le Panama sur les listes grises », a déclaré lors d’une conférence de presse le directeur de cabinet de la présidence, Alvaro Aleman, estimant que son pays était un « bouc émissaire ».

Alvaro Aleman a affirmé que son pays allait répondre par une mesure similaire à l’égard de la France et à l’égard de tout pays qui suivrait son exemple.