EGYPTE - Un tribunal du Caire a condamné jeudi les rédacteurs en chef de quatre journaux indépendants...
Un tribunal du Caire a condamné jeudi les rédacteurs en chef de quatre journaux indépendants égyptiens à un an de prison et à 20.000 livres d’amende (2.500 euros), pour des articles critiquant le régime publiés en 2006. La peine n’étant pas exécutoire, ils restent libres jusqu’à l’appel.
Abdel Halim Qandil, Adel Hammouda, Ibrahim Eissa et Wahel Al-Abrashi ont été condamnés pour avoir «nui à l'intérêt général» en publiant «de mauvaise foi de fausses informations». Selon le juge, rapporte l’AFP, ces quatre figures de proue de la presse d’opposition auraient diffamé les dirigeants du Parti national démocratique au pouvoir, en le présentant notamment comme dictatorial.
«Intimidation contre les médias»
Pour le syndicat égyptien des journalistes, qui exigeait jeudi, dans un communiqué, l’abrogation de toutes les lois permettant de telles condamnations, c’est «une déclaration de guerre contre la liberté de la presse». Le syndicat estime que ce verdict s’inscrit dans le cadre d’«une campagne effrénée d'intimidation contre les médias».
Depuis quelques jours, les démêlés judiciaires de la presse indépendante occupent le devant de la scène en Egypte. Ibrahim Eissa, le rédacteur en chef d’Al-Dostour, est en effet convoqué devant un tribunal le 1er octobre prochain. Cet été, à l’instar de nombreux médias égyptiens et internationaux, Eissa avait fait état de rumeurs sur la santé du président Moubarak, disparu quelques semaines de la scène politique.
«Critiques acerbes»
Eissa se voit reprocher d'avoir ainsi nui à l'économie du pays, ces rumeurs ayant, selon le procureur, incité les investisseurs étrangers à retirer leurs placements de la Bourse».
«Ibrahim Eissa n’a pas été le premier à publier des rumeurs sur l’état de santé du Président, mais il a été le seul à être convoqué», relève Reporters Sans Frontières. «Cette affaire n’est qu’un prétexte utilisé par les autorités égyptiennes pour régler des comptes [avec ce journaliste] connu pour ses critiques acerbes envers le gouvernement».
Le rédacteur en chef d’Al-Dostour, dont le journal a déjà été fermé de 1998 à 2003, avait été condamné en 2006 à un an de prison pour diffamation à l’égard du président, avant de voir en appel sa peine commuée en amende. Dans cette «affaire des rumeurs», il encourt jusqu’à 4 ans d’emprisonnement.
Au Caire, de notre correspondant, Laurent Roche