Le 15 mars, des réfugiés s'étaient mis en marche d'Idomeni pour rentrer en Macédoine.
Le 15 mars, des réfugiés s'étaient mis en marche d'Idomeni pour rentrer en Macédoine. - DANIEL MIHAILESCU / AFP

De notre envoyée spéciale en Grèce

« Personne ne nous a prévenus du danger, on nous a dit que c’était possible de traverser », soupire Jasam, un réfugié pakistanais de 30 ans. Comme près d’un millier d’autres personnes, le jeune homme a participé, lundi 14 mars, à une marche, surnommée « marche de l’espoir », en direction de la Macédoine. Mais la traversée, qui a duré entre quatre et cinq heures s’est rapidement transformée en cul-de-sac, lorsque soldats et policiers macédoniens sont intervenus. « Il faisait très froid, il y avait des femmes enceintes, des enfants, des personnes en fauteuil roulant ! », poursuit le jeune homme, bloqué au camp d’Idomeni depuis 21 jours.

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Une traversée périlleuse de la rivière

La fermeture définitive de la frontière par la Macédoine, à tous les réfugiés, y compris ceux relevant du droit d’asile comme les Syriens, a provoqué une immense crise humanitaire côté grec. Originaire d’Islamabad, Jasam a quitté le Pakistan miné par les attentats suicides, en vue de poursuivre ses études d’ingénieur. Comme la plupart de ses partenaires de route, il justifie l’action de lundi par « un épuisement psychologique ».

Quelques mètres plus loin, Maria, Syrienne âgée de 50 ans et professeure d’anglais, raconte elle aussi les difficultés rencontrées lors de la traversée : « Pendant trois heures, nous avons marché dans la boue. Puis nous avons atteint une rivière. Le courant était très fort et l’eau nous arrivait à la taille. Lorsque la police nous a attrapés un peu plus loin, elle nous a dit d’attendre une heure et qu’ensuite on pourrait continuer, mais c’était un mensonge. »

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La veille de cette marche collective, trois personnes sont mortes, dont une femme enceinte, en voulant franchir les rives de la « Crna Reka », dont le débit a fortement augmenté ces derniers jours à la suite des précipitations. Sentant venir l’échec, Maria, son mari et sa fille ont préféré rebrousser chemin : « Ceux qui sont restés ont été battus par les policiers. » Maria assure qu’elle ne veut pas retenter le passage de la frontière : « C’était trop dangereux, nous irons à Athènes si rien ne change ici. »

Jasam et ses amis ont participé à la marche lundi 14 mars partie d'Idomeni pour rejoindre la Macédoine.
Jasam et ses amis ont participé à la marche lundi 14 mars partie d'Idomeni pour rejoindre la Macédoine. - H.Sergent/20minutes

Des tracts anonymes

Si la plupart assurent avoir été informés de ce départ par bouche-à-oreille, un doute subsiste autour d’un tract qui aurait été distribué au sein du camp. Selon plusieurs médias Britanniques et Allemands, un texte expliquait aux réfugiés qu’ils pouvaient franchir la frontière et que des bus les emmèneraient ensuite en Allemagne.

Ali, 26 ans, est recroquevillé dans sa tente avec trois de ses amis. Tous originaires du Pakistan, ils faisaient partie des 1000 à 2000 personnes qui composaient le groupe de la marche. S’il dit avoir entendu parler de cette « feuille de route », il assure qu’il n’a vu personne avec sur le chemin : « On s’orientait avec Google Map et certaines personnes connaissaient la route parce qu’elles avaient déjà essayé de passer la frontière », explique le jeune homme. Jasam, lui, maintien avoir vu des hommes, parlant grec, distribuer cette feuille à proximité de l’ancienne gare d’Idomeni.

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Babar Baloch, porte-parole du Haut-Commissariat aux réfugiés de l’ONU, fustige ce genre d’initiative : « C’est jouer avec le désespoir des réfugiés. C’est de la désinformation. »

Pour Ali, ingénieur Pakistanais bloqué à Idomeni, en revanche, pas question d’abandonner. « Une partie de ma famille vit à Sarcelles, en France. Si la frontière reste bloquée et qu’une autre marche s’organise, j’irai. Rester à Idomeni, dans ces conditions et avec tous ces gens, ce n’est plus possible. »

Ali est Pakistanais. Si une nouvelle marche vers la Macédoine est organisée, il assure qu'il tentera sa chance une seconde fois.
Ali est Pakistanais. Si une nouvelle marche vers la Macédoine est organisée, il assure qu'il tentera sa chance une seconde fois. - H.Sergent/20minutes

 

 

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