Syrie: Mais où veut en venir Vladimir Poutine?

RUSSIE Retour sur les trois phrases clés de l’intervention télévisée de Vladimir Poutine au sujet du retrait des troupes russes de Syrie…

William Pereira

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Vladimir Poutine, le 14 mars 2016.

Vladimir Poutine, le 14 mars 2016. — Alexei Nikolsky/AP/SIPA

Le président russe, Vladimir Poutine, a ordonné lundi le retrait des troupes de Syrie, après près de six mois de frappes aériennes. Comme promis, le début du retrait des forces russes a débuté ce mardi. Mais il est difficile de dire si Moscou a vraiment décidé de prendre du recul par rapport au conflit syrien. Alors, vraie mesure ou coup de bluff ? Décryptage.

« La tâche qui avait été demandée à notre ministère de la Défense et aux forces armées a été globalement accomplie »

C’est la principale explication avancée par le chef d’Etat russe pour justifier le retrait des troupes de Syrie. Pour Bruno Tertrais, maître de recherche à la Fondation pour la recherche stratégique (FRS), ces déclarations prouvent que « Poutine ment une fois de plus puisqu’il avait annoncé que la stratégie russe en Syrie consistait à défaire ou affaiblir Daesh. Or les frappes russes n’ont concerné Daesh qu’à hauteur de 15 %. » Un point de vue que ne partage pas Bachar al-Assad, qui, selon des propos rapportés par le Kremlin, estime que « l’intervention des forces aériennes russes a permis de radicalement changer la situation dans la lutte contre le terrorisme ».

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« Néanmoins, pour permettre la surveillance de la trêve dans les combats, la partie russe conserve sur le territoire syrien un site de maintenance de vols »

Pour Bruno Tertrais, il est difficilement envisageable que les Russes se retirent sans assurer leurs arrières. « Ce qui est certain, c’est que la Russie va conserver au moins une base aérienne pleinement opérationnelle. Y aura-t-il des chasseurs bombardiers sur cette base ? Certainement. Et d’autres opérations aériennes auront lieu. » La situation actuelle demeure floue, d’autant que le général russe Nikolaï Pankov a prévenu que l’aviation russe poursuivrait ses frappes contre des « objectifs terroristes ».

« La Russie doit intensifier sa participation aux efforts de paix en Syrie »

C’est sans doute la déclaration la plus floue du président russe lundi soir. « Elle laisse perplexe car la Russie est déjà clairement partie prenante dans les négociations, et l’on voit mal comment elle peut intensifier les échanges en question », s’interroge le maître de recherches à la FRS. Le chef de la diplomatie allemande, Frank-Walter Steinmeier, estime pour sa part que « si les annonces d’un retrait des troupes russes se concrétisent, cela augmente la pression sur le régime du président Assad pour négocier enfin de façon sérieuse à Genève une transition politique ». Son homologue iranien, Mohammad Javad Zarif, voit en ce retrait militaire la preuve que Moscou ne pense pas « qu’il sera nécessaire de recourir à la force pour maintenir le cessez-le-feu ».

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Conclusion, il est toujours aussi difficile d’entrer dans la tête de Poutine

« Poutine est parfois d’une grande sincérité et ment parfois de manière éhontée. On ne peut ni prendre ces déclarations au pied de la lettre ni les rejeter pleinement. Poutine, c’est le coup de théâtre permanent », assure Bruno Tertrais. Il faudra donc encore attendre avant d’en savoir plus sur les réelles intentions du maître du Kremlin.