JAPON - Le mandat du Premier ministre démissionnaire a été miné par les bévues et les scandales…
En un an de mandat, Shinzo Abe est passé du statut d’espoir à celui de Premier ministre impopulaire.
Le fils de bonne famille
Né le 21 septembre 1954 à Nagata (sud), Shinzo Abe est l’héritier d'une illustre dynastie de politiciens conservateurs. Il étudie les sciences politiques au Japon et aux Etats-Unis et fait ses premiers pas en politique en 1982 comme secrétaire particulier de son père, Shintaro Abe, alors ministre des Affaires étrangères. A la mort de ce dernier, il hérite de son fief électoral dans la préfecture de Yamaguchi (sud) où il est élu député en 1993. Il est ensuite secrétaire général adjoint du gouvernement Mori, puis de celui de Koizumi qui le propulse secrétaire général du Parti libéral-démocrate. Il quitte ses fonctions en 2004 après le revers du PLD aux élections sénatoriales.
Les premiers pas prometteurs
En septembre 2006, Shinzo Abe était triomphalement élu, à 52 ans, plus jeune Premier ministre de l'après-guerre au Japon. Il est alors propulsé aux commandes d’un pays qui aura du mal à le suivre. Il succède pourtant à Junichiro Koizumi (2001-06) de manière éclatante: il enregistre un rapide succès diplomatique, avec un dégel des relations avec la Chine, et impose le passage de ses réformes les plus chères sur l'Education et la Défense.
Apôtre d’un Japon décomplexé
Homme de convictions doté d'un «sentiment d'orgueil national très marqué», Abe s'est donné pour mission de sortir le Japon du régime de l'après-guerre. Il plaide ainsi, depuis sa jeunesse, pour la révision de la Constitution pacifiste du pays promulguée pendant l'occupation américaine (1945-52). Durant son court mandat, il se fait l'apôtre d'un Japon décomplexé dans l'arène internationale. Une politique qui ne convainc pas
Popularité fébrile
«M. Abe a des objectifs qui ne sont pas nécessairement en phase avec l'électorat car il s'intéresse surtout aux questions idéologiques, délaissant les préoccupations quotidiennes des Japonais», expliquait récemment le politologue Ikuo Kabashima. Une analyse partagée par le spécialiste américain Jeffrey Kingston pour qui Shinzo Abe était «un pur idéologue qui n'a pas réussi à convaincre les Japonais que ses réformes étaient dans leur intérêt». A l'inverse de son flamboyant prédécesseur, Abe s'est révélé «un communicant médiocre», selon Kingston.
Scandales et ratés
Ainsi dès la fin 2006, c’est la fin de l’état de grâce. Le 21 décembre, un de ses proche démissionne pour une affaire de moeurs. Huit jours plus tard, son secrétaire d'Etat pour les Réformes administratives, accusé de corruption, présente lui aussi sa démission. En février 2007, le ministre de la Santé provoque un tollé en qualifiant les femmes de «machines à faire des enfants». Abe prend sa défense. Au même moment, la révélation d'un vaste fiasco dans la gestion du système des retraites public vire au scandale.
La crise prend de l’ampleur avec le suicide d’un ministre soupçonné de corruption, le 28 mai puis la démission, le 3 juillet, du ministre de la Défense à qui l'on reproche d'avoir «justifié» les bombardements atomiques de Hiroshima et de Nagasaki.
Enfin, le 27 août, la déroute historique de la coalition gouvernementale de Shinzo Abe, lors d'importantes élections sénatoriales, achève de plomber sa côte de popularité. Le remaniement ministériel qu’il décide n’y changera rien: les nouveaux ministres sont également impliqués dans divers scandales.
Sortie par la petite porte
Moins d'un an après son élection, il est au plus bas dans les sondages. Outre un faible bagage politique (il n’a occupé qu'un seul poste ministériel) et des scandales à répétition, ses détracteurs lui reprochent également son manque cruel d’autorité. Il présente sa démission, le 12 septembre.
Sa. C. avec AFP