Des soldats tunisiens patrouillent dans la banlieue de Ben Guerdane, le mardi 8 Mars 2016.
Des soldats tunisiens patrouillent dans la banlieue de Ben Guerdane, le mardi 8 Mars 2016. - AP/SIPA

Dix « terroristes » et un soldat tunisien ont été tués mercredi dans de nouveaux accrochages à Ben Guerdane, près de la frontière avec la Libye, portant à 46 le nombre de djihadistes abattus depuis les attaques de lundi dans la ville, ont annoncé les autorités tunisiennes. 20 Minutes revient sur les faits.

Comment se sont déroulées les attaques ?

Lundi à l’aube, une cinquantaine de djihadistes ont perpétré une attaque à Ben Guerdane dans le sud de la Tunisie, contre une caserne de l’armée, un poste de police et un bâtiment de la garde nationale (gendarmerie). Certains se sont aussi postés dans le centre-ville en demandant leur carte d’identité aux passants. Douze membres des forces de l’ordre et sept civils ont été tués, mais les forces de l’ordre ont réagi rapidement et tués des terroristes.

Qui sont les assaillants ?

Une partie d’entre eux seraient venus de Libye et il se peut que d’autres djihadistes fassent partie de cellules dormantes implantées en Tunisie. « Il est probable que les djihadistes issus du territoire libyen soient de différentes nationalités, même si une forte proportion d’entre eux devait être Tunisiens, compte tenu du fort contingent de Tunisiens dans la mouvance djihadiste [ils seraient au moins 5.000 à avoir rejoint l’EI dont un millier en Lybie] », explique Beligh Nabli, directeur de recherche à l’Institut de Relations Internationales et Stratégiques (IRIS). Mais pour certains observateurs, le fait que des hommes armés aient pu se déplacer avec autant d’aisance est le signe qu’ils sont de la région, ce qui attesterait l’existence de cellules dormantes de djadhistes. « Les autorités tunisiennes admettent désormais cette idée, d’autant que plusieurs attaques terroristes ont eu lieu dans le pays ces dernières années », indique Beligh Nabli. « C’est à la conjonction d’un terreau intérieur et de débordements de la crise libyenne, un cocktail très dangereux », confirme Saïd Haddad, chercheur associé à l’Institut de recherches et d’études sur le monde arabe et musulman.

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Pourquoi ont-ils attaqué cette ville ?

Ben Guerdane est une ville de quelque 60.000 habitants située à proximité de la frontière libyenne. « Elle n’a pas de dimension religieuse particulière, c’est donc sa position stratégique qui en a fait la cible des terroristes, car elle est à la jonction de la Tunisie et de la Libye et qu’elle n’est pas non plus très éloignée de l’Algérie. L’agression de lundi était une entreprise de déconstruction des frontières », estime Beligh Nabli. Selon les autorités, les attaques de lundi visaient à créer un émirat de Daesh. « Cela s’inscrit dans sa stratégie d’implantation-expansion dans la zone », confirme Saïd Haddad. « Ces attaques sonnent aussi comme une revanche après les bombardements en février des Etats-Unis sur plusieurs positions de l’EI à Sabratha en en Libye, près de la frontière tunisienne », poursuit-il.

Comment le gouvernement tunisien tente-t-il de résister ?

Depuis lundi, les forces de sécurité et de l’armée effectuent une opération de ratissage dans la région pour débusquer les éventuels djihadistes : 46 « terroristes » au total ont été abattus, ont annoncé les autorités. Les postes-frontières avec la Libye sont fermés depuis lundi. « Depuis l’attaque du mont Châambi, dans l’ouest du pays, la Tunisie a commencé à s’aguerrir face à ce genre de menace. Et l’Etat tunisien tient bon. Mais le pays bute sur un manque de moyens dans cette lutte contre le terrorisme », estime Saïd Haddad.

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Comment la communauté internationale peut-elle l’aider ?

« La Tunisie peut espérer une aide logistique pour garantir l’étanchéité de ses frontières avec la fourniture de moyens technologiques comme des drones ou des systèmes de vidéo surveillances. Elle a aussi besoin d’armes », observe Beligh Nabli. Si le pays bénéficie déjà de la coopération de plusieurs pays (France, Algérie, Etats-Unis) pour améliorer son système de renseignement et renforcer la formation de ses forces de sécurité, « il devrait renforcer ses alliances stratégiques, notamment avec les Etats-Unis en matière de défense », avance Beligh Nabli. La Tunisie ne possédant pas encore de politique publique pour gérer le retour des Tunisiens djihadistes des zones de guerre, elle va aussi devoir se pencher sur les processus de déradicalisation qui ont fait leur preuve à l’étranger.

Ce type d’attaques risque-t-il de se renouveler prochainement ?

C’est probable selon Beligh Nabli. « Le dispersement des djihadistes pour échapper à l’intervention occidentale risque de diffuser le chaos libyen sur le territoire. D’autant que la frontière est encore poreuse », souligne-t-il

Le scénario d’une guerre civile, comme celui qu’a vécu l’Algérie dans les années 90 est-il envisageable ?

A partir de 1991, l’Algérie a connu une « décennie noire », avec le conflit qui opposa le gouvernement algérien, disposant de l’armée nationale populaire et divers groupes islamistes. « Mais l’analogie avec la Tunisie semble prématurée. Notamment parce qu’il n’existe pas de blocage politique comme en Algérie à cette époque-là », selon Saïd Haddad. De plus, selon Beligh Nabli, « les forces de l’ordre ont le soutien de la population civile dans la lutte contre le terrorisme, malgré le contexte de désenchantement démocratique », selon Saïd Haddad.

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