Un avion derrière les nuages (illustration).
Un avion derrière les nuages (illustration). - Rob Griffith/AP/SIPA

Le MH370,il y a ceux qui l’ont retrouvé un peu partout, sans vraiment le chercher. Sur une base navale américaine, en Corée du Nord, en Ukraine ou même sur Mars. Et puis il y a ceux, moins bruyants, qui l’ont cherché… sans jamais le retrouver. Amateurs ou experts, devant leur écran d’ordinateur, ils ont scruté les océans, comparé les photos et accumulé les témoignages. Avant de se décourager, pour bon nombre d’entre eux, devant l’immensité de la tâche et l’incommensurabilité du mystère de la disparition de l’avion de la Malaysia Airlines.

En y cherchant bien, il est pourtant possible de retrouver une partie de ces chevaliers du ciel dans les recoins d’Internet. Ils sont moins nombreux qu’en mars 2014, lorsque plus de deux millions d’internautes s’étaient mis en tête de scanner le moindre pixel d’océan sur la plateforme collaborative Tomnod. Mais, délestés des Sherlock d’occasion, ils sont loin d’avoir abandonné leur quête de vérité.

L'« omerta » chez les pilotes

En France, ils se retrouvent notamment sur le forum du site crash-aerien.aero. Sur cette plateforme lancée il y a onze ans, nul besoin de montrer son CV : si quelques pilotes le fréquentent, la majorité des forumistes sont des amateurs. Logique, selon Nehru Hattais, l’administrateur du site et ancien contrôleur aérien militaire. Car d’après lui, « les professionnels n’aiment pas trop parler de crashs et critiquer le BEA, comme s’il y avait toujours une omerta autour de ces sujets. »

Pour les informations exclusives, il faudra donc repasser. Sur crash-aerien.aero, les posts foisonnants -20.000 à 25.000 visiteurs uniques fréquentent le site chaque jour en moyenne- sont avant tout des commentaires de l’actualité. Expurgé des complotistes, bien moins nombreux qu’en mars 2014, selon Nehru Hattais, le site permet aux internautes d’approfondir les théories, de les mettre en balance et à l’épreuve des faits. Pour un bilan malgré tout encore maigre. « On ne peut pas dire que les internautes aient fait avancer l’enquête, reconnaît aisément Nehru Hattais. Mais ce que je peux dire, c’est que la vérité est certainement au milieu de tout ce qui a été écrit sur le forum. »

Les « AvGeeks »

Dans cet océan qu’est le Web, les professionnels ont préféré se réfugier sur une île. C’est le cas de Duncan Steel. Plutôt que de participer aux discussions communes, cet astrophysicien britannique a commencé, en mars 2014, à écrire sur la disparition du MH370 sur le site qui porte son nom. Puis il a été rejoint au fil du temps par d’autres spécialistes en pilotage, en communication ou en aéronautique. Régulièrement, il poste ainsi les conclusions de son petit groupe, qui reposent sur leur analyse des données publiques, notamment satellites, mais aussi des documents récupérés parfois auprès d’acteurs privés. Il y a quelques jours, Steel a ainsi eu accès à 14 photos et à une vidéo appartenant à  Blaine Gibson, un aventurier parti dans l’océan Indien sur les traces du MH370 et qui a retrouvé des débris au Mozambique.

Lien : >> Qui est Blaine Gibson? Son portrait par ici

Steel n’est toutefois pas le premier à avoir emprunté cette voie. Avant lui, Xavier Tytelman avait défriché le terrain. Peu avant la catastrophe de mars 2014, cet ancien aviateur militaire a créé une communauté baptisée « AvGeeks » et composée elle aussi de professionnels. « Aujourd’hui, nous sommes 150 membres avec des compétences diverses : il y a un pilote Airbus, un pilote Boeing, un contrôleur aérien, un constructeur… explique Tytelman. Et comme ils ne sont pas autorisés à parler, je suis leur porte-parole. »

La « clé » du mystère

Avant toute publicité, la discussion s’engage d’abord dans un groupe Facebook privé, où s’échangent les photos, les infos et les analyses.

Echange de messages au sein de la communauté AvGeeks.
Echange de messages au sein de la communauté AvGeeks. - X. TYTELMAN
Echange de messages au sein de la communauté AvGeek.
Echange de messages au sein de la communauté AvGeek. - X. TYTELMAN

Grâce à cette démarche, les « AvGeeks » ont réussi à devancer l’enquête en juillet 2015. A l’époque, Tytelman est l’un des premiers à recevoir les photos du débris d’aile d’avion retrouvé à la Réunion. Il compare alors la pièce à des centaines de clichés et échange avec des connaisseurs des appareils Boeing. Puis il rend ses conclusions publiques sur Twitter et sur son site consacré à la peur en avion :

 

Comme Nehru Hattais, Xavier Tytelman est cependant conscient des limites de ses efforts. « Pour véritablement faire avancer l’enquête, il faudra forcément faire des découvertes sur le terrain », admet-il. Que ce soit des débris sur les plages ou, encore mieux, la boîte noire de l’appareil. « La clé du mystère », que des micro-sous-marins tentent actuellement de retrouver dans l’océan en ratissant les fonds marins. Une belle métaphore de son travail sur le Web.

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