La présence de l'armée française en Libye est «un secret de polichinelle»

MONDE La présence de militaires français en Libye afin de lutter contre des djihadistes de Daesh semble une évidence...

Anne-Laëtitia Béraud

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Les décombres après un bombardement américain sur un camp de Daesh, le 19 février 2016 à Sabratha en Libye.

Les décombres après un bombardement américain sur un camp de Daesh, le 19 février 2016 à Sabratha en Libye. — MOHAME BEN KHALIFA/AP/SIPA

La France mènerait des opérations militaires « secrètes » en Libye, où 3.000 à 5.000 combattants de Daesh seraient présents, rapportait Le Monde mercredi. Tant les forces françaises que le service Action de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) se trouveraient sur le sol libyen. Des frappes ponctuelles et ciblées seraient réalisées pour freiner la montée en puissance des terroristes, précise le quotidien. Des informations que n’a pas goûtées le ministre de la Défense, qui a lancé une enquête pour « compromission du secret de la défense nationale » à la Direction de la protection et de la sécurité de la défense ( DPSD). Ces opérations posent plusieurs questions.

Des soldats français en Libye, « un secret de polichinelle »

« La présence de forces françaises sont en Libye, c’est un secret de polichinelle », assure Eric Denécé, ancien analyste du renseignement et directeur du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R). Et les forces françaises coopèrent dans ce pays « comme d’habitude » avec les alliés, à savoir les services américains, britanniques, italiens ou espagnols, ajoute le spécialiste du renseignement. Selon Le Monde, le raid américain du 19 février contre un cadre tunisien de Daesh en Libye se serait fait en concertation avec Paris et Londres, ce qui n’étonne pas l’ancien analyste.

Une présence dans toute la région

La présence de petites équipes de soldats français ne se limiterait pas à la seule Libye, gangrenée par des djihadistes de Daesh. « Les Français agissent en Libye, comme dans le reste de la région », répond Eric Denécé sur le ton de l’évidence. Cette présence des forces spéciales et du service action de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) s’explique par les opérations militaires françaises en cours dans la bande sahélo-saharienne contre les différents groupes djihadistes. La France est ainsi présente dans plusieurs pays de la région dans des opérations « classiques », comme au Mauritanie, au Mali, au Niger, au Tchad et au Burkina Faso (opération Barkhane qui a succédé à Serval), ou en Centrafrique (opération Sangaris).

Des actions « classiques »

Alors que le scénario d’une opération française sur le sol libyen est aujourd’hui écarté, l’utilisation des forces spéciales en Libye n’a rien d’originale, continue Eric Denécé. Leurs objectifs sont identiques aux autres missions, comme il y a quelques années en Afghanistan : dans des zones considérées comme hostile, elles permettent l’identification de terroristes, des lieux qu’ils fréquentent, et éventuellement des destructions d’objectifs et des neutralisations de combattants adverses. Elles agissent en complément d’autres forces terrestres, aériennes ou maritimes. « Ces troupes sont très mobiles, autonomes et polyvalentes, elles peuvent se déplacer tant sur les côtes libyennes que dans le sud de la Libye », explique Eric Denécé.

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