Florian Philippot vice-président du FN pose devant le panneau de la ville de Schengen (Luxembourg), le 19 septembre 2015 où il a symboliquement célébré la mort annoncée des accords de Schengen
Florian Philippot vice-président du FN pose devant le panneau de la ville de Schengen (Luxembourg), le 19 septembre 2015 où il a symboliquement célébré la mort annoncée des accords de Schengen - JEAN-CHRISTOPHE VERHAEGEN AFP

Depuis la fin de l’été 2015, neuf états membre de l’espace Schengen ont rétabli des contrôles temporaires à leurs frontières. Le dernier en date, la Belgique, a justifié sa décision auprès de la Commission Européenne par la crainte d’un afflux de réfugiés suite au démantèlement du camp de fortune installé à Calais.

Si la réintroduction de contrôles aux frontières pour une durée limitée est inclue dans les textes de la convention d'application des accords de Schengen, certains élus français, en particulier au sein du Front National, appellent à la sortie de cet espace et voient en ces suspensions temporaires la mort des accords nés en 1995.

Les arguments les plus récurrents consistent à expliquer que le coût de l’immigration illégale ou encore de la lutte contre le terrorisme, liées selon eux à Schengen, serait plus élevé pour les Etats membre qu’une sortie de l’espace commun. Mais qu’en est-il vraiment ?

Un à deux milliards d’euros en moins par an pour la France

Plusieures études ont été menées pour déterminer le coût réel engendré par un retour définitif et systématique des contrôles aux frontières. En février, deux publications se sont attelées à ce bilan comptable. La première, commandée par le Commissariat général à la stratégie et à la prospective, qui dépend lui-même de Matignon, évalue la sortie de Schengen à une perte d’un à deux milliards d’euros par an pour la France.

Vincent Aussilloux et Boris Le Hir, à l'origine de cette étude, détaillent: « À court terme, les plus touchés par cette mesure seraient les touristes de court séjour en provenance des pays voisins, les touristes non européens visitant plusieurs pays en Europe, les travailleurs frontaliers et enfin le trafic routier de marchandises ». Un impact corroboré par une seconde étude, parue le 19 février dernier.

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Perte de temps et coûts de personnel plus élevés 

Réalisée pour le compte de la Fondation Bertelsmann et par l'institut Prognos, l’enquête économique fait ressortir des coûts qui varient sensiblement par rapport à ceux de France Stratégie, qui précise ne tenir compte que de la baisse du commerce entre pays de la zone.

Développant un scénario optimiste et pessimiste, les chercheurs ont évalué la hausse des coûts de production dans l’UE à 1 % par an, soit un coût cumulé de 470 milliards d’euros en dix ans pour les 28 pays. « La facture serait de 77 milliards d’euros pour l’Allemagne sur la période et de 80 milliards d’euros pour la France » pour le scénario optimiste, précise l’étude. Le scénario pessimiste évalue une augmentation moyenne de 3 % des coûts de production, soit 244 milliards d’euros pour la France sur la période 2016-2025.

La réintroduction des contrôles aux frontières rallongerait le temps de livraison des marchandises d’un pays à un autre, impacterait les temps de trajet des touristes et nécessiterait des investissements importants de la part de l’Etat pour rééquiper ces points de contrôle et mobiliser du personnel qualifié.

Dans un cas comme dans un autre, précise Yves Pascouau, chercheur associé et spécialiste des questions migratoires à l’Institut Jacques Delors et à l’European Policy Center, ce sont les citoyens qui trinqueront : « Ce sont les contribuables qui financent en partie les dépenses de la puissance publique. Et si le temps de transport des marchandises s’allonge, cela signifie pour l’entreprise de mobiliser le camion plus longtemps et de rémunérer le chauffeur davantage. Tous ces coûts se reporteront sur les prix assumés en bout de chaîne par les consommateurs ».

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Une coopération policière

D’autant que pour Yves Pascouau, la suppression de Schengen ne signifie pas seulement le retour aux contrôles frontaliers : « Schengen, c’est aussi la coopération policière européenne. Il y a tout une série des 142 dispositions des accords qui concernent des questions relatives à la sécurité, à l’immigration illégale ou au terrorisme ». Sortir de Schengen signifierait renoncer à cette coopération des services de renseignement et des polices européennes.

La question de l’efficacité des contrôles des frontières communes et extérieures de l’Union Européenne se pose toutefois. Et pour Yves Pascouau, cette politique commune est perfectible : « La coopération policière et des services de renseignement, peut et doit être améliorée. La crise actuelle démontre que nous n’avons pas été assez loin en la matière ». Un travail colossal au regard de l’étendue du territoire et des enjeux migratoires actuels. Chaque jour, en France, près de 200 000 personnes traversent l’une des frontières terrestres que compte l’Hexagone.

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