Débris d'avion retrouvé à La Réunion: un morceau du MH370?
Débris d'avion retrouvé à La Réunion: un morceau du MH370? - -, Farid Addala reunion 1ère

« Cette histoire est tellement énorme qu’il y a doit y avoir des tas de gens qui savent un petit bout de la vérité. » Deux ans après la disparition du vol MH370, Ghyslain Wattrelos ne sait toujours pas ce qui est arrivé à sa femme et à deux de ses enfants. « Si je ne m’étais pas porté partie civile en France, je n’aurais aucune nouvelle de l’enquête », déplore-t-il. Il faut dire que le gouvernement malaisien se montre particulièrement avare de détails, depuis le premier jour des investigations.

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Dès le 8 mars 2014, c’est la panique qui semble prendre le dessus. C’est en tout cas ce qu’a fini par conclure Jahabar Sadiq, rédacteur en chef du journal The Malaysian Insider : « Nous n’attendons aucune réponse de notre gouvernement, nous pensons qu’il ne sait pas ce qui est arrivé au MH370. Les premières semaines après la disparition de l’avion nous l’ont prouvé. »

Les recherches n’ont pas commencé au bon endroit. Alors que le MH370 est enregistré par des radars militaires du côté ouest de la péninsule malaisienne, les recherches débutent dans le golfe de Thaïlande, c’est-à-dire… de l’autre côté. De quoi renforcer toutes les théories du complot imaginables. « La Malaisie nous ment depuis la première semaine, il y a quelque chose à cacher depuis le départ », estime Ghyslain Wattrelos.

Qu’a trouvé le FBI ?

La Malaysia Airlines, elle, a également accumulé les erreurs, depuis le début. « Je pense qu’ils n’ont aucune idée de ce qu’il s’est passé et ils ont perdu du temps quand ils se sont rendu compte que l’avion avait disparu. Cette perte de temps précieux a rendu l’enquête encore plus difficile », critique Jahabar Sadiq.

Un gouvernement et une compagnie aérienne perdus qui ont pourtant reçu l’aide d’enquêteurs internationaux : des agents du FBI ont été dépêchés sur place, tout comme le Bureau d’enquêtes et d’analyses (BEA) français.

Qu’ont trouvé les agents fédéraux américains ? Nul ne le sait. « Aucune information n’a filtré sur ce qu’ils ont découvert jusqu’à maintenant », confie Jahabar Sadiq. « On n’a pas leur rapport. Ils sont restés un certain temps sur place et sont repartis. Je sais que ce sont notamment eux qui ont découvert que le pilote possédait un simulateur de vol chez lui, mais c’est tout », note Ghyslain Wattrelos, qui espère que les juges français pourront obtenir les informations de l’agence fédérale américaine. Le BEA lui, a principalement été sollicité pour son expertise dans les recherches en mer après le vol Rio-Paris puis sur le flaperon retrouvé l’été dernier à la Réunion.

Une trajectoire toujours mystérieuse

Quant à la trajectoire de l’avion, personne n’est aujourd’hui parvenu à l’établir de façon certaine. La société britannique de satellite Inmarsat a reçu des signaux (« ping ») de l’avion la nuit de sa disparition. Grâce à des calculs complexes, elle a établi deux trajectoires possibles, l’une allant vers le Nord, l’autre vers le Sud. La découverte du flaperon de l’avion à la Réunion a définitivement privilégié l’hypothèse du Sud. L'identification de débris découverts depuis quelques jours à La Reunion et au Mozambique, pourrait confirmer définitivement la trajectoire.

« Les juges français ont demandé à Inmarsat l’accès à leurs données sources concernant l’avion. Inmarsat leur a répondu qu’ils avaient tout envoyé à la Malaisie. Le problème, c’est que les Malaisiens disent qu’ils n’ont pas reçu ces données sources. Quelqu’un ment. Et de quel droit une société anglaise se permet-elle de refuser des informations à des juges français ? », s’emporte Ghyslain Wattrelos.

Des zones d’ombre inexplorées

La trajectoire n’est donc toujours pas officiellement établie. Mais ce n’est pas la seule faiblesse de l’enquête, deux ans après le drame. On n’en sait toujours pas plus sur la cargaison en soute de l’avion. Officiellement, le Boeing 777 transportait des bagages évidemment, 4 tonnes de mangoustans – des fruits exotiques – et des batteries au lithium, hautement inflammables… Pour ce qui est des mangoustans, Jahabar Sadiq s’étonne dans Society qu’il ait pu y en avoir 4 tonnes dans l’avion, étant donné que ce n’était pas la saison…

Quant aux passagers, l’enquête semble avoir été plutôt légère, comme le déplore Ghyslain Wattrelos. « La Malaisie ne m’a jamais contacté sur quoi que ce soit. Le téléphone du copilote a été pointé près de l’Indonésie. Pourquoi n’a-t-on pas essayé de pointer les autres téléphones des passagers ? Personne ne m’a jamais demandé les numéros de ma famille, qui avait des téléphones chinois et français. » Une vidéo des passagers en train d’embarquer à l’aéroport de Kuala Lumpur intrigue également le père de famille. On y voit un homme de la Malaysia Airlines passer le portique avec un sac sans être contrôlé. « Qui est cet homme ? Et peut-on, à l’aide de cette vidéo, vérifier que l’identité des passagers qu’on y voit, correspond bien aux passagers de l’avion ? Ça doit pouvoir se faire », estime Ghyslain Wattrelos.

Toujours pas d’autres débris

Pendant ce temps-là, les Australiens de la Joint Agency Coordination Centre (JACC) poursuivent leurs recherches dans l’océan Indien, pour retrouver des débris de l’avion. Chaque semaine, ils envoient un mail aux familles de victimes pour les tenir au courant de leurs avancées. Ou plutôt de leur non-avancée. Nombre de mètres carrés explorés, météo… Voilà en quoi consistent les informations australiennes. Pour ce qui est du flaperon qui se trouve actuellement près de Toulouse, dans un laboratoire de l’armée, des spécialistes doivent encore faire des analyses de flotabilité en fonction des courants marins afin d’essayer de retrouver d’autres débris.

Les juges français, dont une délégation s’est rendue en décembre 2015 en Malaisie pour récupérer des documents d’enquête, restent pour l’instant le seul espoir de ce Français ayant perdu des proches dans cette catastrophe aérienne de connaître un jour la vérité.

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