Le Premier ministre britannique David Cameron, le 13 novembre 2015 à Londres
Le Premier ministre britannique David Cameron, le 13 novembre 2015 à Londres - NIKLAS HALLE'N AFP

Le conseil Européen qui s’ouvre ce jeudi 18 février fait grincer des dents. Réunis pendant deux jours à Bruxelles, les 28 chefs d’Etats doivent convenir d’un accord sur le Royaume-Uni, qui souhaite obtenir des concessions de ses partenaires européens en échange de son maintien dans l’Union Européenne.

>> A lire aussi: «Brexit » : Comment Cameron compte faire plier l’Union européenne

Jugée « privilégiée » et accusée de faire du chantage, Londres suscite l’exaspération de certains négociateurs : « On a le sentiment de ne participer qu’à un vaste plan com, juste pour aider Cameron à faire gagner le "oui"», a confié l'un deux au Monde. Pourtant la marge de manœuvre du Premier ministre britannique, semble réduite et sa stratégie risquée selon trois experts joints par 20minutes.

  • Comment David Cameron s’est retrouvé dans cette situation ?

Pour Agnès Alexandre Collier, Professeure de civilisation britannique à l’université de Bourgogne Franche Comté et auteur de l’ouvrage Les habits neufs de David Cameron (Presses de Sciences po, 2010), il faut remonter à 2005 pour expliquer la situation actuelle : « Quand il est élu en 2005, il n’est, à l’époque, qu’un jeune responsable conservateur. On raconte à ce moment-là que pour se faire élire et pour obtenir le soutien des anciens du parti conservateur, il fait des promesses aux eurosceptiques et parmi ces promesses : la tenue d’un référendum ».


Au fil des années, les clivages s’accentuent et la question de l’appartenance du Royaume-Uni à l’Union Européenne revient régulièrement sur la table. « Annoncer la tenue de ce référendum en 2013 était un incroyable pari mais il l’a fait aussi parce qu’il n’avait plus le choix. Le parti conservateur face à la question européenne était au bord de l’implosion et il est le premier Premier ministre à essayer de désamorcer l’enjeu européen », poursuit Agnès Alexandre Collier.

  • Sa stratégie est-elle payante ?

« Cameron n’est pas quelqu’un qui pense à long terme mais plutôt par cycle médiatique. Or quand il est engagé dans des négociations à court terme, il le fait très bien et sait jouer sur le ressort de l’opinion publique (…) quand il est sous pression, il s’en sort bien », analyse Olivier de France, directeur de recherche à l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris) et spécialiste de la Grande-Bretagne. Depuis l’annonce du référendum, le Premier ministre a obtenu quelques engagements de la part de l’Union Européenne. Si certaines des mesures exigées par Londres au début des négociations ont été jugées « inacceptables » par le président du conseil européen Donald Tusk, les dirigeants européens ont fait quelques concessions, notamment matière d’immigration.

Pour Pauline Schnapper, professeure de civilisation britannique contemporaine à l’université Paris III, David Cameron est parvenu à transformer un débat national en un enjeu européen : « C’était à l’origine une tactique à court terme. Il a essayé d’habiller ça, de façon plus ou moins réussie en une réflexion globale sur l’intégration européenne (…) Il a par ailleurs posé des questions qui sont loin d’être absurdes, notamment sur la compétitivité et la démocratie européenne ».

  • Quel est le risque pour lui ?

Tous s’accordent pour dire que Cameron joue sa carrière politique., à travers la signature d’un accord et la victoire du maintien du pays dans l’Union Européenne. « Il doit songer à la trace qu’il laissera dans l’Histoire. A-t-il envie de rester comme le Premier ministre qui a sorti la Grande Bretagne de l’UE ? », s’interroge Olivier de France. Et le retrait du pays de l'Union Européenne aurait des conséquences sur la cohésion du Royaume ajoute le directeur de recherche à l’Institut de relations internationales et stratégiques: « L'Ecosse pourrait demander à quitter le Royaume-Uni pour rester dans l'UE, on assisterait alors à son démembrement ». 

Et en cas d'échec, le conservateur se retrouverait au pied du mur: « Il a dit que quoi qu'il arrivait, il resterait Premier ministre. Mais on imagine mal, s'il est désavoué au moment du référendum, comment il pourrait rester leader du parti et du pays. Pour l'instant, il pratique la méthode Coué mais ce serait inconcevable qu'il reste à la tête du Royaume-Uni dans ce contexte-là», estime Agnès Alexandre Collier.

Mots-clés :