Brexit: La signature d'un accord peut-elle empêcher Londres de quitter l'UE?

GRANDE-BRETAGNE Les chefs d’Etats européens réunis à Bruxelles ont deux jours pour s’entendre…

Helene Sergent

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Le Premier ministre britannique David Cameron 16 février 2016 à Bruxelles

Le Premier ministre britannique David Cameron 16 février 2016 à Bruxelles — YVES HERMAN POOL

Deux jours et deux nuits de négociations, de tractations, de compromis. Voilà ce qui attend les 28 chefs d’Etat réunis à Bruxelles jeudi et vendredi, à l’occasion d’une réunion du Conseil Européen dédié à la question « britannique ». L’objectif : parvenir à trouver un accord suffisamment souple pour satisfaire les exigences de la Grande-Bretagne sans créer pour autant une Union Européenne « à deux vitesses ». Les premiers échanges entre responsables européens et le Premier ministre anglais ont été encourageants mais les questions liées à l’immigration et à la gouvernance de la zone euro suscitent toujours des dissensions. Et même en cas de signature d’un accord, le spectre du « Brexit » (contraction de « Britain » et « Exit ») sera encore loin d’être écarté.

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Plus vite l’accord est signé, plus vite Cameron lancera le référendum

Avec sa promesse de référendum lancée en 2013 à l’opinion publique, le chef du gouvernement anglais, David Cameron s’est en effet lancé dans un dangereux numéro d’équilibriste. Prévu le 23 juin prochain, et initialement décidé pour contenir la grogne des eurosceptiques du parti Conservateur et des europhobes du Ukip dirigé par Nigel Farage, le référendum d’adhésion à l’Union Européenne se tiendra, peu importe le résultat de l’accord avec les partenaires européens.

Si un accord est signé dès vendredi 19 février, à l’issue de ces deux journées de négociations, le calendrier pourrait être plus favorable à un maintien du pays dans l’UE selon Olivier de France, directeur de recherche à l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris) et spécialiste de la Grande-Bretagne. « Le temps ne joue pas vraiment en faveur de l’Europe. On ne sait pas ce que sera la situation de l’Europe à la fin de l’été. Plus le référendum se tient tôt, plus Cameron, qui va faire campagne pour rester dans l’Union Européenne, a des chances d’en sortir vainqueur », souligne-t-il.

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Pour Pauline Schnapper, professeure de civilisation britannique contemporaine à l’université Paris III, l’accord européen n’est qu’une première étape : « Ça ne garantit en rien la disparition du Brexit (…) En réalité la seconde étape qui attend Cameron, c’est-à-dire convaincre les électeurs britanniques de voter en faveur du maintien du pays dans l’UE, s’annonce aussi difficile que les négociations avec ses partenaires européens ».

Une opinion publique divisée

L’appartenance du Royaume-Uni à l’Union Européenne revient régulièrement dans le débat politique. « C’est un débat déconnecté du réel, qui joue sur les passions, sur le cœur, sur l’irrationnel et l’affectif », analyse Olivier de France.

Une dimension émotionnelle mais également historique pour Agnès Alexandre Collier, professeure de civilisation britannique à l’université de Bourgogne Franche Comté et auteur de l’ouvrage Les habits neufs de David Cameron (Presses de Science po, 2010) : « Cela fait 20 ans, depuis le traité de Maastricht que la question du référendum revient dans le débat national britannique et divise les partis travailliste et conservateur ».

Et 20 ans après, rien n’est joué pour David Cameron. « La signature d’un accord ne changera pas les positions du UKIP et des eurosceptiques. Leur avis est déjà très tranché et cela fait des années qu’une certaine presse tabloïd relaie ces positions », assure le directeur de recherche à l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris). Un récent sondage, publié le 5 février par l’institut YouGov, donnait par ailleurs le camp du retrait du Royaume-Uni de l’UE, vainqueur par rapport aux partisans du maintien.

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En cas d’accord, David Cameron va donc devoir ruser. Rien d’insurmontable conclut Agnès Alexandre Collier : « Il va avoir tout intérêt à vendre ces négociations comme un succès même si elles sont en deçà de ses exigences initiales. C’est un véritable exercice de communication mais il est doué en la matière, ça peut marcher ».