Le pape François et le patriarche orthodoxe russe Kirill à Cuba, le 12 février 2016.
Le pape François et le patriarche orthodoxe russe Kirill à Cuba, le 12 février 2016. - Alejandro Ernesto/AP/SIPA

C’est une rencontre inédite depuis près de 1.000 ans. Le pape François et le patriarche orthodoxe russe Kirill ont franchi vendredi à Cuba un pas historique en faveur de l’unité du christianisme au terme de la première entrevue entre les chefs des deux plus grandes confessions chrétiennes depuis 1054.

Après un face-à-face sans précédent empreint d’émotion, les dirigeants de l’Eglise catholique et de la principale Eglise orthodoxe ont regretté dans une déclaration commune « les blessures causées par des conflits d’un passé lointain ou récent » entre chrétiens. « Conscients que de nombreux obstacles restent à surmonter, nous espérons que notre rencontre contribue au rétablissement de cette unité voulue par Dieu », ont-ils souligné au terme d’une rencontre de deux heures dans un petit salon de l’aéroport de La Havane.

Gustavo IZUS/AFP

« Coopérer pour protéger les chrétiens dans le monde entier »

Avec cet entretien sans précédent depuis le schisme de 1054 entre Eglises d’Orient et d’Occident, « l’unité est sur le bon chemin. Nous avons échangé avec clarté et sans tabous », a commenté devant la presse Jorge Bergoglio, peu avant de repartir vers le Mexique, où il était attendu pour une visite de cinq jours. « Les deux Eglises peuvent coopérer pour protéger les chrétiens dans le monde entier », avait précédemment estimé Kirill, 69 ans.

Comme attendu, les deux hommes ont aussi exhorté les politiques à intervenir en faveur des chrétiens d’Orient, victimes de la guerre en Syrie et de l’expansion du groupe Etat islamique dans la région. « Nous appelons la communauté internationale à des actions urgentes pour empêcher que se poursuive l’éviction des chrétiens du Proche-Orient (…) En Syrie et en Irak, la violence a déjà emporté des milliers de vies, laissant des millions de gens sans abri ni ressources », indique le texte conjoint.

Attachement aux « racines chrétiennes » de l’Europe

Depuis 1964, de nombreuses rencontres avaient déjà eu lieu entre un pape et le patriarche de Constantinople, théoriquement chef spirituel du monde orthodoxe, mais qui n’a d’autorité directe que sur 3,5 millions de fidèles. En revanche, les chefs des Eglises de Rome et de Moscou (plus de 130 millions des 250 millions d’orthodoxes) ne s’étaient pas rencontrés depuis près de dix siècles.

Lors de cette entrevue, ils ont également abordé la question de l’église gréco-catholique uniate. Présente dans l’ouest nationaliste de l’Ukraine et en conflit avec Moscou, cette Eglise fait l’objet de frictions entre Rome et Moscou. « Orthodoxes et gréco-catholiques ont besoin de se réconcilier et de trouver des formes de coexistence mutuellement acceptables », ont indiqué les deux hommes dans leur déclaration

Enfin, les dirigeants des deux Eglises ont rappelé leurs concordances de vue sur des thèmes tels que la famille, le mariage, l’avortement ou l’euthanasie, et ont réaffirmé leur attachement aux « racines chrétiennes » de l’Europe.

Mots-clés :