Kim Jong-Un multiplie les essais militaires en Corée du Nord.
Kim Jong-Un multiplie les essais militaires en Corée du Nord. - /NEWSCOM/SIPA

Nouvelles tensions en Asie de l’est. La Corée du Nord a annoncé avoir lancé une fusée à longue portée ce dimanche, un mois après un quatrième essai nucléaire. Les membres du Conseil de sécurité ont dénoncé des « violations dangereuses et graves » des résolutions de l’ONU, qui interdisent à Pyongyang toute activité nucléaire ou balistique sous peine de sanctions.

Les responsables américains et sud-coréens ont annoncé l’ouverture immédiate de pourparlers sur le déploiement en Corée du Sud du système dit THAAD (Terminal High Altitude Area Defense), bouclier antimissile parmi les plus sophistiqués du monde.

« Faire pression sur la Chine »

Yoo Jeh-Seung, ministre adjoint sud-coréen de la Défense, a invoqué « les menaces croissantes de la Corée du Nord », pour expliquer la mise en place du dispositif. « Je ne suis pas sûr que le missile récemment lancé, même s’il est de longue portée, ajoute beaucoup de menaces pour la Corée du Sud », assure François Godement, directeur du programme Asie et Chine du Conseil européen des affaires internationales. « Avec ce bouclier antimissiles, Séoul veut rassurer son opinion publique. Le désir de Pyongyang de développer l’arme nucléaire a été un vrai choc pour le pays. Il y a aussi un objectif indirect : faire pression sur la Chine », poursuit le spécialiste.

Le régime chinois est le principal protecteur de la Corée du Nord et le principal partenaire économique. Washington et Séoul poussent Pékin à se montrer plus ferme face au programme d’armements nucléaires nord-coréen. « Les dirigeants chinois mènent un double jeu vis-à-vis de la Corée du Nord. Depuis quelque temps, ils condamnent plus fermement les velléités de Pyongyang mais s’opposent toujours aux sanctions », développe François Godement.

La Chine redoute l’effondrement du régime de Kim-Jong Un et la possibilité d’une Corée réunifiée alignée sur les Etats-Unis. Pékin s’est dit « profondément préoccupé » par l’arrivée de THAAD. « Un pays ne peut pas viser sa sécurité en nuisant aux intérêts sécuritaires des autres pays, » a indiqué un porte-parole chinois. Pékin perçoit le bouclier comme une menace pour sa propre politique de dissuasion nucléaire. Il pourrait servir à surveiller les tirs de missile chinois aussi loin que Xian, dans le nord-ouest, fait-elle valoir.

« Les Américains souhaitent profiter de la crise »

Une batterie THAAD est déjà déployée sur l’île de Guam, dans l’océan Pacifique, et le Japon, autre allié clé des Etats-Unis dans la région, envisage d’adopter le système. « Il y a une exagération de la menace par Washington. Le maintien d’une crise dans la région est dans leur intérêt. Les Américains souhaitent que la Corée du sud leur achète, à grands frais, le parapluie antimissiles », nuance Jean-Vincent Brisset, directeur de recherches à l’Institut de Relations internationales et stratégiques (Iris), expert des relations stratégiques en Asie.

« Les Etats-Unis ont toujours voulu élargir leur bouclier de protection face à la menace des missiles balistiques. Ils ont installé un bouclier au Japon et souhaitent maintenant le faire en Corée du Sud », répond François Godement. « Les Américains souhaitent profiter de la crise pour reconstituer un triangle de coopération pour la sécurité avec le Japon et la Corée du Sud ».

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