Tir d'une fusée longue distance à Tongchang-ri, en Corée du Nord, le 7 février 2016.
Tir d'une fusée longue distance à Tongchang-ri, en Corée du Nord, le 7 février 2016. - /NEWSCOM/SIPA

La Corée du Nord a annoncé avoir tiré une fusée à longue portée ce dimanche, un mois après un quatrième essai nucléaire. Ce tir pose des questions sur les technologies utilisées par la Corée du Nord, l’un des régimes les plus fermés du monde. Eléments de réponses avec l’ancien général de brigade aérienne Jean-Vincent Brisset, directeur de recherches à l’Institut de Relations internationales et stratégique (Iris), expert des relations stratégiques en Asie.

Sait-on vraiment ce qui a été tiré dimanche?

Alors que la Corée du Nord affirme avoir tiré un lanceur spatial équipé d'un satellite d'observation terrestre, son voisin du Sud affirme qu'il s'agit d'un missile de longue portée. «C’est très probablement un tir d’un lanceur spatial», juge Jean-Vincent Brisset. «Ces lancements nécessitent de longs préparatifs sur le pas de tir, et ils ont été évidement enregistrés sur des images satellites des Américains et des Russes. Si un missile balistique intercontinental était sur le point d’être tiré, ces pays auraient eu la capacité de l’éliminer au plus tôt», souligne l’ancien militaire.

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La Corée du Nord est-elle interdite de programme spatial?

Des sanctions décrétées par l'ONU en 2006 visent à limiter le programme nucléaire de la Corée du Nord, sans pour autant l’interdire. Il lui est par contre interdit de tester des systèmes de missiles.

Comment la Corée du Nord réussit-elle à développer ses recherches avec ces sévères sanctions internationales?

«Les fusées nord-coréennes tirées ressemblent beaucoup aux lanceurs français de satellites "Diamant" [lancés dans les années 1960-1970], explique Jean-Vincent Brisset. «Cette technologie a 45 ans, et n’est pas insurmontable pour un régime qui consacre d’énormes ressources à la recherche militaire.»

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La Chine aide-t-elle activement la Corée du Nord dans ses recherches scientifiques?

Principale alliée de la Corée du Nord sur la scène internationale, la Chine n’aiderait pas activement le régime de Kim Jong-un. «Il y a bien un traité d’alliance militaire entre les deux pays, mais il reste théorique», explique Jean-Vincent Brisset. «Dans les faits, il y a très peu d’échange scientifique de la Chine vers la Corée du Nord.»

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Qui est à l’origine du programme nord-coréen?

«Ce programme résulte essentiellement des ingénieurs nord-coréens», souligne l’ancien général de brigade. «Il y a une petite participation de la communauté scientifique "underground" du missile nucléaire, qui tourne autour de l’Iran, le Pakistan ou encore la Syrie, mais aujourd’hui, le régime travaille avec ses scientifiques», ajoute Jean-Vincent Brisset. 

Quel est le pouvoir de nuisance de la Corée du Nord?

La Corée du Nord est capable de lancer une bombe nucléaire sur son voisin du sud, le régime semble toujours incapable d’une frappe intercontinentale vers les Etats-Unis. En effet, si la Corée du Nord maîtrise le vol balistique, elle ne maîtrise toujours pas la technologie de rentrée dans l'atmosphère, nécessaire pour toucher un pays lointain.

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